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mercredi 3 novembre 2010

Expositions parisiennes : deux déceptions

Monet au Grand Palais, impressions de foules

La monstrueuse propagande en faveur de l’exposition Claude Monet au Grand Palais a eu raison de nous… Dimanche dernier, au soir, nous y étions. Las! même à cette heure tardive, des centaines de quidams se pressaient, victimes comme nous du matraquage médiatique ahurissant dont la France entière est accablée depuis le mois de septembre. Le résultat est là, grandiose ! Devant chaque tableau le même spectacle : un troupeau béatement agglutiné, l’audio-guide collé à l’oreille*, campant jusqu’à ce que le signal du départ soit donné. Il nous a fallu beaucoup de calme et de patience pour ne pas fuir à toutes jambes cet embouteillage délirant. Tout cela était d’autant plus rageant que les œuvres exposées, lorsqu’une miraculeuse trouée permettait de les apercevoir, valent mieux que le simple coup d’œil. Disposées chronologiquement puis par thématiques (répétitions, intériorité et décorations), celles-ci forment un rassemblement unique. Il y a en particulier ces représentations de l’église de Varengeville dans le soleil couchant, les mers de la côte normande ou de la côte méditerranéenne, sans parler des célèbres Femme à l’ombrelle qui toutes illustrent le génie de Claude Monet. Sans nul doute l’intérêt de cette exposition n’est donc pas usurpé, mais nous l’avons assez dit, sauf à disposer d’un droit de visite présidentiel, mieux vaut ne pas mettre les pieds au Grand Palais.

*GV évoquait récemment la déplorable mode des audio-guides qui sévit depuis quelques années déjà. Cet instrument n’est plus une option, c’est une obligation. Il fallait voir avec quelle insistance on nous a tendu les audio-guides et la stupéfaction devant notre refus poli. Nous étions bien rares à nous promener sans cet indispensable engin.

La Russie romantique, beaucoup de bruit pour rien

Dans une proportion bien plus modeste, l’exposition « La Russie romantique » qui se tient au Musée de la vie romantique a su attirer les chalands à force d’affiches dans toutes les stations de métro et abris bus de la capitale. Le thème avait beaucoup pour nous plaire, la belle bobine de l’écrivain Gogol acheva de nous convaincre. Au fond d’une ruelle privée de la rue Chaptal, le Musée de la vie romantique est idéalement établi dans l’ancien hôtel particulier du peintre Ary Scheffer. Là-bas au moins, très peu de monde, on peut visiter en toute tranquillité. Pourtant, quelle désillusion ! Les tableaux sont rares, deux seulement valent vraiment la peine dont ledit portrait de Gogol et La traversée du Dniepr par Nikolaï Gogol du peintre Anton Ivanov. Où sont-ils les « chefs-d’œuvre de la galerie Tretiakov » vantés sur les affiches ? Faut-il croire qu’il s’agit de ces peintures quelconques de la famille impériale ou de ces mornes paysages moscovites ? Malheureusement, le manque complet d’indications chronologiques, historiques ou simplement graphiques ne nous aidera pas à le savoir. Aussi ne faut-il pas s’étonner de découvrir un livre d’or plein de reproches et de regrets… La seule consolation pour le visiteur égaré dans cette exposition bien décevante tient dans la visite (gratuite) du musée lui-même qui étale sans prétention plusieurs toiles de Scheffer et évoque la mémoire de Renan, Psichari et George Sand.

Lucien JUDE

Images : affiche de l'exposition Monet (source ici) et affiche de l'exposition La Russie romantique (source ici).
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dimanche 10 octobre 2010

The Undertones ressuscités

Les reformations d’anciens groupes qui fleurissent depuis quelques années ne sont généralement pas notre tasse de thé. C’est souvent un triste spectacle de voir monter sur scène ces vestiges du rock, plus encore de les entendre jouer des morceaux qui firent leur gloire il y a trente ou quarante ans et paraissent aujourd’hui bien décalés avec leur sympathique mais sénile dégaine. Pourtant, comment ne pas se laisser tenter par ces noms autrefois prestigieux dont la musique continue de nous enchanter ? Déjà il n’y a pas si longtemps, nous n’avions pas regretté l’excellent concert donné par l’ancien chanteur des Seeds, Sky Saxon (mort depuis, les choses vont vite…). Hier encore donc, l’expérience fut heureuse au Trabendo, à Paris, où les Undertones faisaient leur grand retour dans la capitale.
Ce groupe irlandais de punk-rock connut une existence brève mais remarquable entre 1976 et 1983. En quelques années seulement, ses cinq membres s’affirmèrent comme l’une des meilleures formations de l’époque, aux côtés des incontournables Ramones et Clash. Avec une musique plus pop que punk, ils parvinrent à triompher dans le monde entier, livrant une impressionnante quantité de tubes, parmi lesquels I Gotta Getta, True Confessions, My Perfect Cousin, sans oublier le plus célèbre d’entre tous, Teenage Kicks.

Les choses ont un peu changé depuis 1980, en premier lieu le chanteur, Feargal Sharkey, qui n’a pas souhaité participer à la reformation du groupe en 1999. Ce dernier a été remplacé par Paul McLoone, légèrement plus jeune que les autres membres historiques bien que suffisamment vieux pour ne pas déparer. Quoi qu’on en pense, tout ce beau monde est encore ingambe, ainsi que le lecteur pourra en juger par la vidéo ci-dessous. Devant quatre à cinq cents personnes, dont quelques punks survoltés comme au bon vieux temps, les Undertones ont parfaitement rempli leur contrat, jouant avec bonheur presque tous leurs classiques, sans oublier de saluer l’anniversaire de la naissance de John Lennon en reprenant superbement Instant Karma !. Une bonne ambiance*, des artistes en grande forme, en somme, voilà bien le genre de concerts qui nous réconcilierait définitivement avec ces incessantes reformations …

Lucien JUDE



* Signalons que notre ami F., qui est de toutes les sorties, s’est tout de même fait barboter sa veste qu’il avait négligemment abandonnée sur une rambarde, estimant qu’elle n’y risquait rien. Celle-ci contenait dans une poche Sanctuaire de M. Faulkner, livre dont les 50 premières pages ont été jugées déplorables par le même F. Le voleur peut donc au moins garder le livre sans scrupule.

Images et vidéo : pochette du best of Teenage Kicks (source ici), photo du groupe actuel (source ici). Vidéo de I Gotta Getta (LJ).
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mardi 28 septembre 2010

Crazy cinématographe à Beaubourg

Nos lecteurs qui auraient eu comme moi l'occasion de baguenauder ce dimanche, en dépit de la pluie et du vent,  à proximité du centre Beaubourg n'auront sans doute pas manqué de remarquer le curieux spectacle qui se donnait aux alentours de 19h devant le centre Wallonie-Bruxelles.
Juché sur une estrade, curieusement accoutré, un homme muni d'un porte-voix interpelle les passants en leurs promettant sur un ton des plus graveleux des plaisirs inédits et à bon compte ("Du cul, du cul, du cul !", "Deux euros, c'est moins cher qu'un peep-show", etc).
Les rares badauds attroupés - dont votre serviteur - rient de bon coeur et sans méfiance à cette curieuse harangue. Las, me voilà poussé de l'avant par le mouvement d'une forte troupe de touristes américains qui a été entre temps lestement rabattue par les acolytes du bonimenteur.
À l'intérieur, après s'être acquittés de la somme nécessaire, les curieux sont répartis en fonction de leur sexe, toujours sous les lazzis des organisateurs, et conduits à l'intérieur d'un chapiteau où l'on s'entasse sur les bancs. Au fond de la pièce un écran blanc, à l'arrière le projectionniste fait ronronner sa machine, sur le côté un pianiste qui égrène une musique guillerette. Après une petite introduction musicale et dansée, l'affaire sérieuse commence.
On va assister à une représentation du "Crazy cinématographe érotique", c'est-à-dire à la projection de plusieurs films érotiques, en noir et blanc et muet, datant de 1905 à 1920, le tout assorti de musique, bruitages et commentaires divers de la part de la Compagnie des bonimenteurs de Namur.
Ce soir-là, il est certain que le succès de ces très courts métrages (quelques minutes), français, autrichien, ou américain, tous assez datés, est avant tout dû à leur dimension humoristique et aux commentaires des bonimenteurs, plutôt qu’à leur charge érotique, passablement affaiblie par le passage des années, l'évolution des canons de la beauté féminine et la libéralisation des moeurs (à ce titre, La coiffure ou La confession, films français de 1905 semblent aujourd'hui totalement anodins)
Un sentiment de gêne se fait peut-être un peu plus palpable dans le public devant le seul film authentiquement pornographique Le Mousquetaire au restaurant (France, 1919), qui semble bien plus proche de ses homologues contemporains par son traitement, sans disposer évidemment d'autant de moyens techniques. Reste enfin, le plus curieux, un film d'animation pornographique américain de 1920, qui utilise déjà le caractère des toons et les gags invraisemblables, alors que ce genre ne surgira aux États-Unis qu'à partir du milieu des années 1930.
Après ce distrayant programme, le public se sépare, toujours sous les invectives de ces bonimenteurs décidément inépuisables, avant de se disperser rapidement sous la pluie.

Bruno FORESTIER

NB : Il va de soi que ce blog, soucieux de la moralité d'autrui n'aurait pas publié cet article, si la séance de dimanche soir, n'avait pas été la dernière. Inutile donc de courir à Beaubourg.

Image : affiche du Crazy Cinématographe (source ici).
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mercredi 11 août 2010

Picpus, le cimetière des ci-devant

La géographie parisienne réserve bien des surprises. La longue voie qui borde le sud du cimetière royaliste de Picpus à Paris n’est autre que la rue Santerre, du nom du commandant de la garde nationale durant la Révolution française. Antoine-Joseph Santerre (1752-1809), brasseur du faubourg Saint-Antoine, fut l’un des plus actifs participants de la prise de la Bastille avant de devenir un personnage essentiel des sections parisiennes. Adulé par les sans-culottes, il devint sans peine commandant de la garde nationale, poste qui lui permit de comploter en toute quiétude tout en spéculant sur les biens nationaux. Ayant réclamé un commandement de volontaires pour la Vendée, notre homme s’y montra pitoyable et rentra bien vite en son quartier (Victor Hugo évoque, avec une coupable indulgence, les bataillons de Santerre au début de son roman Quatre-vingt-treize). Lié aux déplorables Hébertistes, il fut logiquement expédié en prison au moment de la liquidation de cette clique et, comme de juste, c’est aux Thermidoriens que cette imposture révolutionnaire dut sa libération. Cette brève relation de sa vie montre assez quel jean-foutre fut le médiocre Santerre. Allez savoir quelle lubie frappa le conseil municipal du 12e arrondissement qui baptisa cette voie…

Quoi qu’il en soit, il est toujours plaisant de constater que la rue Santerre borde le fameux cimetière de Picpus, l’un des deux seuls cimetières privés de la ville de Paris. Pour deux euros – somme un peu élevée, mais après tout c’est un territoire royaliste et catholique – on peut visiter les lieux l’après-midi. Derrière la chapelle qui commémore le souvenir des "martyrs", un sympathique jardin, bien entretenu, s’étend tout en longueur sur quelques centaines de mètres. C’est au fond de ce jardin que se situe le cimetière à proprement parler, non loin des deux fosses communes dans lesquelles furent jetés les corps des 1300 personnes exécutées entre la mi-juin et le 27 juillet 1794, lorsque la guillotine fonctionnait sur la place du Trône renversé (actuelle place de la Nation). Seuls les descendants de guillotinés ont normalement droit d’y être inhumés. Dans les faits, bien que plus de la moitié des "martyrs" appartienne au peuple, les noms à particules règnent en maîtres dans le cimetière. Rien ne change.

La star des lieux est le brave La Fayette, une imposture d’un calibre plus élevé encore que l’ami Santerre. Un drapeau américain flotte continuellement au-dessus de sa tombe qui est fidèlement fleurie tous les 4 juillet. Pour le reste, le bottin mondain royaliste s’étale avec ses titres ronflants sur les dizaines de tombes qui couvrent le cimetière, de la même manière que fleurissent les noms des dirigeants communistes sur les tombes qui font face au mur des Fédérés du Père Lachaise (à ceci près qu’il faut payer pour voir le lieu de mémoire royaliste quand celui du peuple est gratuit…).
Si l’on fait abstraction des innombrables plaques commémoratives chargées de bondieuseries, la visite est donc intéressante. Le prix d’entrée, quant à lui, a au moins l’avantage de vous assurer une quasi solitude dans un agréable jardin…

KLÉBER

Images : photos du jardin de Picpus, de la rue Santerre et de la tombe de La Fayette (source K.).
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mercredi 5 mai 2010

Le soleil du 5 mai

On ne va pas tarder à dénoncer la dérive bonapartiste de ce blog. Hélas ! Il faut pourtant bien parler de l’Empereur en ce jour anniversaire de sa mort, survenue le 5 mai 1821. Cette date nous permet en effet d’évoquer un phénomène purement astronomique, que les plus fanatiques impérialistes considèrent comme surnaturel. Il s’agit du coucher de soleil qui, tous les 5 mai, a lieu exactement dans l’axe des Champs-élysées, sous l’Arc de Triomphe.

Maurice Barrès, qui vaut un peu mieux que l’image détestable qu’on garde de lui, décrit cet extraordinaire crépuscule dans une scène de son roman Les déracinés, lorsque les héros, après avoir prêté un solennel serment sur la tombe de l’Empereur, passent « par hasard » dans le jardin des Tuileries. Jugez plutôt : 
« Tous ils allèrent se promener sur la terrasse des Tuileries, d’où ils virent, avec les sentiments des officiers en demi-solde de la Restauration, le soleil, au moment de passer sous l’horizon, s’encadrer exactement dans la porte de l’Arc de Triomphe et l’entourer d’un rayonnement éblouissant. Cette position du soleil ne se voit que le 5 mai, jour où Napoléon meurt à Sainte-Hélène. Ses fidèles, jadis, ne manquaient pas ce pèlerinage. Ces dernières recrues du grand homme s’attardèrent aux rêveries que cette circonstance leur suggérait. »
Cette légende a son charme. Elle doit évidemment être tempérée. Si un tel phénomène est bien visible le 5 mai, il l’est tout autant les jours suivants, et même plus précisément autour du 8 mai. Mieux, il est encore visible début août entre le 2 et le 6 du mois lorsque l’astre redescend après le solstice. On peut d’ailleurs ajouter que l’emplacement cité par Barrès n’est pas le meilleur pour se rendre compte de l’événement. Les terrasses des Tuileries, trop éloignées et surélevées, ne peuvent pas permettre la vue du soleil lorsqu’il passe sous l’Arc de Triomphe. Il faut se placer le plus possible dans la descente de l’avenue, c’est-à-dire vers le Rond-point des Champs-élysées, plutôt que sur la place de la Concorde, elle aussi trop distante. Une quantité de forum livre sur Internet les meilleurs conseils pour assister à ce rare moment (plusieurs fois par an tout de même). Cet engouement est-il le fait de nostalgiques de l’Empire se préparant à leur pèlerinage annuel ?
Chacun aura compris qu’il s’agit simplement de photographes en quête d’un soleil plus photogénique qu’impérialiste.

Lucien JUDE

En cette période, le coucher de soleil sous l'Arc de Triomphe a lieu vers 21h15. Les renseignements les plus précis sont donnés ici.

Images : photos de photographes amateurs (sources ici et ).
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mercredi 28 avril 2010

Autour de "The Tempest"

Samedi soir, au théâtre Marigny, se jouait la cinquième et dernière représentation de The Tempest, pièce de William Shakespeare mise en scène par Sam Mendes, plus connu comme réalisateur, notamment avec Noces rebelles ou American Beauty. Celui-ci a lancé en 2007 « The Bridge Project », collaboration entre des théâtres anglais et américains pour la représentation d’œuvres classiques dans plusieurs pays. La troupe qu’il dirige était donc à Paris pour quinze jours afin de présenter The Tempest, précédé la première semaine de As you like it du même Shakespeare.
Disons d’emblée que le prix des places était spécialement prohibitif. En dépit de sa dimension « internationale », le « Bridge Project » ne prétend pas à l’internationalisme. Le public l’avait du reste fort bien compris, mondain et parfumé, tout comme les ouvreuses prêtes à d’odieuses bassesses pour extorquer un pourboire au plus désargenté des spectateurs. M. Pierre Lescure, directeur du théâtre Marigny, assistait en personne à cette « dernière », bien installé au centre du parterre non loin de l’actrice Marie Gillain et de l’acteur américain Ethan Hawke, les autres stars de cette soirée.
Commencée en retard, comme il se doit, la pièce en version originale était à tout hasard surtitrée en français. À tout hasard, en effet, car relever la tête pour lire péniblement la traduction garantissait au spectateur un immédiat torticolis, sans compter qu’une pareille posture n’était pas du meilleur effet pour beaucoup de ces esthètes venus « écouter du Shakespeare ». Il s’agissait bien d’écouter d’ailleurs, car pour ce qui était de voir, les tignasses ébouriffées du rang précédent étaient naturellement là pour vous en empêcher…

Nonobstant ces désagréments et la sainte indignation qu’ils suscitèrent, la pièce fut plutôt réussie. Nous oublierons volontiers le peu d’inventivité des costumes et décors pour retenir le très bon jeu des acteurs, particulièrement Ron Cephas Jones dans le rôle de Caliban et Edward Bennett dans celui de Ferdinand. De même, emmenés par deux violonistes installés de part et d’autre de la scène, les passages musicaux venaient parfaitement rythmer la pièce, avec cette spécificité qu’ils parvenaient à réveiller par leur entrain quelques douairières assoupies sous les effluves de leurs propres parfums. Car si le public écoutait religieusement et paraissait se pâmer à l’unisson, nous n’hésiterons pas à révéler que nombre de spectateurs, dont nous fûmes hélas, souffrirent le martyre dans l’air asphyxiant de la salle. Le supplice fut d’autant plus long qu’il n’y eut aucun entracte (2h15). Cette absence trahissait justement l’abandon délibéré de la mise en scène traditionnelle au théâtre, ce qui ne constituait pas l’un des aspects les moins frappants de cette représentation : entrée de Prospero sur scène au milieu du brouhaha de la salle et les lumières allumées, aucun changement de décor pendant toute la pièce, pas plus d’obscurcissement de la scène, nul rideau pour finir. Ce parti pris qui ne fera probablement pas sourciller un habitué des théâtres, ne fit en tout cas aucune ombre au succès de The Tempest puisque la pièce se ponctua opportunément sur un tonnerre. D’applaudissements.

Lucien JUDE

NB : Le lecteur voudra bien nous excuser d’avoir si peu parlé de théâtre et tant disserté sur l’événement, mais il nous accordera que la scène n’était pas uniquement là où elle aurait dû être.

Images : affiche de "The Bridge Project" (source ici), Stephano, Trinculo et Caliban (source ici).
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mercredi 3 mars 2010

"Que d'eau ! Que d'eau !"

À ceux qui aiment les vues pittoresques, on conseillera un détour par la Galerie des bibliothèques de la ville de Paris où jusqu’à la fin du mois se tient l’exposition Paris inondé 1910. Comme l’on sait, il y a un siècle, en janvier 1910, la Seine sortait de son lit et submergeait une bonne partie de la capitale à la grande surprise des Parisiens émerveillés.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’exposition ne vaut pas tellement pour ses classiques photographies de Paris inondé mais plutôt pour les belles affiches d’époque ou certains clichés amusants : l’arrivée au Palais Bourbon d’une horde de députés en barque (rien ne les arrête, ces messieurs siègent par tous les temps), la visite présidentielle des quartiers sinistrés (toujours en barque), un homme portant sur son dos une vieille ganache d’académicien pressée de rejoindre la Coupole, etc. L’anarchie provoquée par l’inondation n’est pas sans intérêt non plus comme le montre une très belle affiche du syndicat des boulangers annonçant une nécessaire mise au point après les calomnies dont la profession a fait les frais, accusée d’augmenter ses prix sur le dos des sinistrés. Bref, malgré l’étrange pénombre dans laquelle on a cru habile de plonger les visiteurs, il y a beaucoup de choses à voir dans cette courte exposition, sans compter d’instructifs éclaircissements sur les dégâts, leur coût et les conséquences politiques ainsi qu’une floppée d’extraits des correspondance ou journaux d’Apollinaire, Proust, Jules Renard… Remarquons que ces derniers, en dépit de tous leurs talents, n’arrivent pas à la hauteur de la légendaire formule dont le président Mac Mahon gratifia Toulouse inondée (1875), citation qui en la matière reste inégalée à ce jour : « Que d’eau ! Que d’eau ! ».

KLÉBER



Paris inondé 1910, jusqu’au 28 mars à la Galerie des bibliothèques, du mardi au dimanche de 13h à 19h, 22 rue Malher, 75004 Paris. Tarif : 2 à 4 euros.

Images : un porteur rue Bonaparte et de courageux députés à l’abordage du Palais Bourbon (source ici, site sur lequel on peut voir un grand choix de photos de l'exposition).
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samedi 27 février 2010

Vampire Weekend au sommet de l’Olympia

Comme prévu, revoici Vampire Weekend. Le 12 janvier est sorti leur nouvel album, Contra, une réussite à tous points de vue puisque les quatre New-Yorkais parviennent à faire aussi bien que leur premier album, ce qui, vu la qualité de ce dernier, tient presque du miracle. Ajoutons, même si la formule est largement galvaudée et resservie à toutes les occasions, qu’on perçoit une véritable évolution musicale dans Contra. Les harmonies sont plus recherchées que pour Vampire Weekend, les mélodies moins faciles, comme en témoignent Horchata, Giving Up The Gun ou surtout I Think Ur A Contra que certains puristes se plaisent à porter aux nues parce que justement c’est le morceau le moins évident de cet album et, partant, qu’il annoncerait une future œuvre.
Jeudi soir, Vampire Weekend était donc à l’Olympia de Paris dans le cadre de sa tournée mondiale engagée après la sortie de Contra. Inutile de préciser qu’il y avait foule, toutes les dates étant complètes depuis belle lurette. Il est intéressant de constater combien le public (20-30 ans dans son immense majorité) a su adopter les codes du groupe pourtant à rebours des habituels tee-shirts et jeans troués des rockers éternels. Dans la salle bondée de l’Olympia, on pouvait voir une multitude de ces chemises à carreaux (filles comme garçons) qui incarnent une bonne part du style preppy cher au chanteur Ezra Kœnig et aux siens.
Après la prestation inaugurale du groupe canadien Fan Death, formation emmenée par une chanteuse déchaînée mais dont les compositions laissaient un peu à désirer, le groupe a fait son entrée sous les acclamations générales et aussitôt commencé avec les excellents White Sky et Holiday, deux de ses nouveaux morceaux. Il n’a pas fallu longtemps pour que le public soit conquis tant l’énergie et la bonne humeur de Vampire Weekend éclataient sur scène ainsi qu’en témoigne la fameuse chemise à carreaux d’Ezra Kœnig qui en l’espace de trois ou quatre chansons passa de vermeil à grenat. Contrairement au précédent concert qui, il est vrai, était aussi confidentiel que précipité (Nouveau Casino, le 22 octobre), le groupe affichait une envie résolue de remercier ses fans. Les classiques M79, A-punk et Cape Cod Kwassa Kwassa ont brillamment alterné avec les nouveaux Cousins, Diplomat’s Son ou Taxi Cab. Le morceau Run (un chef d’œuvre comme nous l’avions justement pressenti lors de sa première écoute) a quant à lui été l’occasion d’animer les yeux de la jeune fille qui orne la pochette de Contra et dont une reproduction immense décorait la scène avec des lustres rappelant la pochette du premier album. Une surprise était même réservée aux fidèles de toujours avec l’interprétation de Boston, l’un des tous premiers morceaux du groupe qui ne figure sur aucun album, ce qui enchanta mon ami J. qui « n’y croyait pas ». Au bout d’une heure et quart de concert dans une ambiance survoltée ce fut la conclusion sur le traditionnel morceau de départ, Walcott, dont on ne se lasse décidément pas.



Comme l’a finement remarqué F., mélomane averti, les Vampire Weekend font montre d’un très grand professionnalisme en concert. Sans pour autant rendre mécaniques leurs interprétations, ils parviennent à restituer admirablement leurs musiques tout en y ajoutant une touche live particulièrement dynamique. C’est ce qui fait toute la différence avec d’autres groupes qui se bornent à jouer exactement mais froidement leurs répertoires (on pense ici au groupe de rock The Coral). Ce concert à l’Olympia fera donc date, réconciliant définitivement certains fans qui avaient pu être froissés par la prestation trop rapide du Nouveau Casino. Avec Contra, il prouve une fois de plus l’immense talent de Vampire Weekend dont les snobs disent déjà qu’ils n’aiment pas, preuve s’il en fallait une que les quatre New-Yorkais sont enfin célèbres.

Lucien JUDE



Image et vidéos : l'Olympia jeudi soir, Run et M79 (source LJ).
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vendredi 12 février 2010

Bernanos sur scène

Dans la petite salle du théâtre des Mathurins, à Paris, on peut assister pour quelques semaines encore à une représentation assez rare. Il s’agit de l’adaptation pour la scène du célèbre roman de Georges Bernanos (1888-1948), Journal d’un curé de campagne, paru en 1936. Adapter Bernanos au théâtre ne paraît pas a priori la chose la plus aisée à faire, d’abord en raison de la rigueur de son style, ensuite à cause du vieillissement de son œuvre. L’auteur de cette adaptation, Maxime d’Aboville, n’a toutefois pas eu ces scrupules et c’est lui qui, unique interprète, déroule ce journal pendant plus d’une heure de représentation.
Dans un décor recréant la sobriété (présumée) d’une chambre de curé, seul le jeu de lumière d’une chandelle guide son texte et vient rythmer la pièce. Contrairement à d’autres romans de Bernanos (Sous le soleil de Satan, Un crime), l’histoire du Journal d’un curé de campagne n’a rien de sensationnel au sens romanesque du mot. On assiste à la vie monotone d’un jeune curé plein de zèle expédié au milieu de paroissiens méfiants, à ses tourments spirituels et aux progrès de sa maladie. Par bien des côtés, ce récit fait d’ailleurs songer à La confession du pasteur Burg dont nous avions déjà eu l’occasion de parler. Comme dans le livre de Chessex, c’est la langue qui fait l’un des attraits principaux de cette œuvre et il faut reconnaître que Maxime d’Aboville parvient très justement à la transmettre, avec même un léger accent d’époque dans ses intonations ! Mais au-delà de la performance qu’exige une pareille interprétation et du très grand talent dont fait preuve son auteur, saluons donc l’idée de cette adaptation qui, à nos yeux, est le principal défi que relève brillamment la pièce.

Lucien JUDE

Journal d'un curé de campagne, théâtre des Mathurins, 36 rue des Mathurins, Paris 8e. Du mardi au samedi à 21h. Prix : 28 euros, 14 euros pour les étudiants.

Image : affiche de la pièce (source ici).
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vendredi 29 janvier 2010

Un concert à la Cité de la Musique

Mardi et mercredi, la Cité de la Musique à Paris recevait la visite d’un fabuleux fabuliste : Thomas Fersen, pour son spectacle Mythologie. On ne présente plus celui que bien des critiques caractérisent comme "le père de la nouvelle chanson française". Le concert était à la hauteur de ses albums : Thomas Fersen n’est pas sur scène, il est avec le public, avec ses musiciens (notamment Pierre Sangra), et il est drôle. Si on peut regretter qu’il ne soit pas déguisé comme lors de ses tournées, c’est un bien petit détail que l’on oublie rapidement quand il se met à mimer un cavalier sur Je n’ai pas la gale, ou quand il récite des textes écrits "sur le chemin pour venir ici", changeant la scène en manoir-abattoir où il ne vient qu’à marche forcée. Thomas Fersen laisse son public (en folie) applaudir longuement pour le rappeler  (au moins quatre fois !) et offre en échange quelques nouveautés qui augurent à merveille d’un prochain album que l’on espère voir arriver le plus tôt possible.

LOULOTTE

Image : Thomas Fersen (source ici).
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