Affichage des articles dont le libellé est Ostrovski. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ostrovski. Afficher tous les articles

jeudi 8 avril 2010

En lisant la "Pravda"


Le Nicolas Ostrovski (1904-1937) auquel cet article fait allusion à la fin, et dont Gide raconta la rencontre dans un appendice à son Retour de l’URSS, est aujourd'hui un auteur à peu près oublié. Il connut cependant, dans les années précédant et suivant la Seconde guerre mondiale, un incontestable succès et fut longtemps un des grands noms de la littérature soviétique, même si le succès de ses deux romans, Et l'acier fut trempé (1932) suivi de Enfanté par la tempête (1935), s'explique moins par le talent littéraire d'Ostrovski que par sa force morale qui transparaît  à travers son oeuvre.  
Le premier livre, d'inspiration largement autobiographique, a été considéré — sans doute à raison —  comme le modèle le plus pur du "Réalisme socialiste" dans la littérature russe de cette époque. Le roman retrace la vie de Pavel Kortchaguine, jeune prolétaire volhynien s'engageant dans l'Armée Rouge pendant la guerre civile, puis dans les Komsomols durant la difficile période de la reconstruction. Blessé et malade, Kortchaguine devient peu à peu aveugle et paralytique, mais refuse de sombrer dans le désespoir, grâce notamment à l'écriture d'un roman autobiographique. Nos lecteurs auront compris que la vie du héros ressemble presque trait pour trait à celle de son auteur. 
Ce livre, qui devint durant la période stalinienne un véritable best-seller soviétique (la légende veut qu'il fut lu dans toutes les unités soviétiques pendant la guerre) suscita aussi un fort engouement à l'étranger, malgré les pesanteurs du style et les obligations propagandistes. Traduit en France par les Éditions sociales internationales dès 1937, et réédité à plusieurs reprises, ce roman était ainsi l'un des préférés de Louis Aragon et le personnage d'Ostrovski-Kortchaguine lui inspira en grande partie son Joseph Gigoix des Communistes.
Lesté de ces informations, l'émouvant passage où André Gide rapporte sa rencontre avec Ostrovski agonisant, placé à la fin de son Retour de l'URSS , prend ici tout son sens et résume en quelques lignes tout le désarroi de l'écrivain français, tard venu au communisme, et n'arrivant dans la Russie stalinienne des Grandes Purges que pour y découvrir une Révolution mourante, symbolisée par la lente agonie d'Ostrovski :
"Je me lève pour partir. Il me demande de l'embrasser. En posant mes lèvres sur son front, j'ai peine à retenir mes larmes; il me semble soudain que je le connais depuis longtemps, que c'est un ami que je quitte ; il me semble aussi que c'est lui qui nous quitte et que je prends congé d'un mourant". 
Il est intéressant de lire ce qu’en pense Romain Rolland, fidèle du Parti, dans sa préface à Et l’acier fut trempé :
"Nicolas Ostrovski est un de ces hommes, un de ces hymnes de vie ardente, et héroïsme. André Gide, qui l'a visité et qui lui a rendu un hommage d'admiration émue, n'a pas su le voir et l'entendre, quand il le représente comme une "âme privée de presque tout contact avec le monde extérieur et ne pouvant trouver base où s'étendre" ; il s'est figuré, quand il lui tendait la main, qu'elle pouvait être pour Ostrovski, "comme un rattachement à la vie". Mais des deux hommes, c'est le mourant qui aurait pu "attacher l'autre à la vie". Comment Gide ne l'a-t-il pas senti ? Cette torche d'action aurait dû lui brûler les doigts."
Bruno FORESTIER

Images : extrait d'un article de la Pravda du 3 décembre 1936, reproduit dans L'Humanité en 1937 (source BF), photo de Nicolas Ostrovski (source ici).
Lire La Suite... RésuméBlogger