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vendredi 12 février 2010

Bernanos sur scène

Dans la petite salle du théâtre des Mathurins, à Paris, on peut assister pour quelques semaines encore à une représentation assez rare. Il s’agit de l’adaptation pour la scène du célèbre roman de Georges Bernanos (1888-1948), Journal d’un curé de campagne, paru en 1936. Adapter Bernanos au théâtre ne paraît pas a priori la chose la plus aisée à faire, d’abord en raison de la rigueur de son style, ensuite à cause du vieillissement de son œuvre. L’auteur de cette adaptation, Maxime d’Aboville, n’a toutefois pas eu ces scrupules et c’est lui qui, unique interprète, déroule ce journal pendant plus d’une heure de représentation.
Dans un décor recréant la sobriété (présumée) d’une chambre de curé, seul le jeu de lumière d’une chandelle guide son texte et vient rythmer la pièce. Contrairement à d’autres romans de Bernanos (Sous le soleil de Satan, Un crime), l’histoire du Journal d’un curé de campagne n’a rien de sensationnel au sens romanesque du mot. On assiste à la vie monotone d’un jeune curé plein de zèle expédié au milieu de paroissiens méfiants, à ses tourments spirituels et aux progrès de sa maladie. Par bien des côtés, ce récit fait d’ailleurs songer à La confession du pasteur Burg dont nous avions déjà eu l’occasion de parler. Comme dans le livre de Chessex, c’est la langue qui fait l’un des attraits principaux de cette œuvre et il faut reconnaître que Maxime d’Aboville parvient très justement à la transmettre, avec même un léger accent d’époque dans ses intonations ! Mais au-delà de la performance qu’exige une pareille interprétation et du très grand talent dont fait preuve son auteur, saluons donc l’idée de cette adaptation qui, à nos yeux, est le principal défi que relève brillamment la pièce.

Lucien JUDE

Journal d'un curé de campagne, théâtre des Mathurins, 36 rue des Mathurins, Paris 8e. Du mardi au samedi à 21h. Prix : 28 euros, 14 euros pour les étudiants.

Image : affiche de la pièce (source ici).
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lundi 2 novembre 2009

Une trame puissante*

À défaut d'avoir lu le nouveau Goncourt décerné aujourd'hui à Marie Ndiaye pour son livre Trois femmes puissantes, nous nous permettrons de conseiller vivement la lecture d’un court récit publié en 1967 : La confession du pasteur Burg. Son auteur, l’écrivain suisse Jacques Chessex (prix Goncourt de l’année 1973 pour L’ogre), est mort le 9 octobre dernier à l’âge de 75 ans.
Alors même que ce titre n’a rien de bien attrayant, il suffit de quelques lignes pour pénétrer dans cette histoire et ne plus la quitter jusqu’à sa conclusion. En une centaine de pages, Chessex parvient à captiver le lecteur par la fluidité parfaite de cette confession qui n’est pas sans faire songer au Nœud de vipères de Mauriac.

L’écriture est belle et agréable quoique d’une facture très classique. Elle rappelle le style d’André Gide et l’histoire elle-même nous invite à faire ce rapprochement, s’agissant d’un pasteur qui se confie ainsi que l’était pareillement le narrateur de La symphonie pastorale.
Cette impression de récit gidien est en outre renforcée par l’atmosphère : quelques indices ont beau nous montrer que l’action se passe au cours des années soixante, le récit reste somme toute intemporel. Le narrateur, Jean Burg, tout jeune pasteur, raconte comment il entame son ministère en prenant la suite d’un vieux pasteur dans un village des montagnes suisses « connu pour son avarice, sa dureté et sa fidélité » à la Réforme. Là où son prédécesseur s’accommodait des apparents relâchements et excès de sa paroisse, Burg décide de remettre de l’ordre car il « aime l’ordre avec une espèce de fureur ». On sent déjà quel fanatisme guide le jeune pasteur qui décide d’appliquer la loi de Dieu telle que l’a enseignée son maître, Calvin, dont il relit sans cesse les Institutions. Mais choquée par les sermons accusateurs du jeune pasteur, la population regimbe et le contraint même à plier. Burg décide alors de louvoyer en faisant mine de se montrer plus tolérant avec ses ouailles. Il médite pourtant une vengeance spectaculaire qu’il compte bien faire éclater après plusieurs mois de calme factice…
Disons tout de suite, sans rien dévoiler de l’intrigue, que ce récit ne cherche nullement à nous peindre en mal la prétendue dépravation d’un village reclus. Au contraire, à travers le regard du pasteur Burg que sa terrifiante aventure ne paraît pas avoir changé, c’est au combat entre un indéniable fanatique et une population paisible que l’on assiste…
Ajoutons enfin pour l’anecdote que c’est précisément au cours d’une conférence consacrée à ce récit que Jacques Chessex a trouvé brutalement la mort il y a de cela quatre semaines…

Lucien JUDE

La confession du pasteur Burg de Jacques Chessex, réédité aux éditions Bourgois en 1997.

* On excusera l'auteur pour son jeu de mot d'actualité…

Image : Jacques Chessex (source ici).
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