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jeudi 18 octobre 2012

Retour sur l'affaire des deux poils d'Henri IV

Voici trois ans, Lorànt Deutsch publiait son fameux best-seller Métronome. Dès cette époque, à la suite d'une émission télévisée où l'auteur faisait sa promotion, les Septembriseurs signalaient une erreur historique flagrante qui augurait mal de la qualité générale de l'ouvrage.
En effet, Lorànt Deutsch racontait dans son livre comment Robespierre, lors du sac de la nécropole royale de Saint-Denis (août et octobre 1793), aurait arraché deux poils de la barbe du cadavre d'Henri IV. Cette grotesque assertion n'avait alors pas le moins du monde dérangé un homme comme Éric Zemmour, pourtant d'ordinaire si prompt à déplorer l'ignorance contemporaine. Bien au contraire, l'anecdote avait fait le ravissement des uns et des autres sur le plateau de l'émission de Laurent Ruquier. Or, comme nous le démontrions dans notre article sans même insister sur l'énormité qu'eût constitué pour Robespierre la collection de reliques royales, celui-ci ne fut pas présent lors des événements en cause. Faute de détails, faute surtout d'une bibliographie, nous concluions en nous demandant où Lorànt Deutsch avait bien pu aller chercher une histoire si romanesque.

Depuis, le livre s'est vendu partout, tant et si bien que M. Deutsch a même pu en tirer un documentaire, un livre illustré et, last but not least, la médaille de la ville de Paris décernée par M. Delanoë, toujours aussi lucide en matière de jugements historiques ! Cependant, le succès devenant par trop extraordinaire, de nombreuses critiques ont enfin osé s'élever à l'égard d'un ouvrage qui, jusqu'ici, n'avait rencontré qu'un unanime engouement. Outre le problème posé par le parti pris de l'auteur, tout empreint de ses opinions royalistes revendiquées, c'est aussi sur les faits historiques rapportés que le scandale éclata, car inutile de dire que l'erreur que nous dénoncions en 2009 n'était que l'arbre qui cache la forêt. Sur son site Goliards, M. William Blanc, doctorant en histoire, a été l'âme de la révolte. Recensant les signalements de plusieurs internautes, il est notamment parvenu à dresser une liste - non exhaustive - des approximations, falsifications et autres erreurs commises par l'auteur de Métronome. Ce dernier, piqué au vif, a répondu par le plus cinglant mépris à ces accusations, refusant systématiquement le débat équitable proposé par M. Blanc. Le Front de Gauche ayant de son côté décidé de médiatiser la polémique, M. Deutsch put s'en tirer en déclarant que l'affaire était une basse instrumentalisation politique. C'était, on en conviendra, une facile mais efficace dérobade.

Le temps de la polémique semble donc révolu. En discréditant ses critiques sous les qualificatifs les plus divers (étudiant, gauchiste, politique, etc.), Lorànt Deutsch est parvenu à sauver les meubles et nul doute que son livre continue de se vendre comme des petits pains. La meilleure preuve en est qu'il entame en ce moment une énième tournée promotionnelle pour sa nouvelle œuvre, une bande-dessinée historique. Néanmoins, la polémique a fait date. Les zélés présentateurs qui contribuent à sa promotion signalent désormais la ridicule conjuration fomentée par une clique d'historiens gauchistes, signalement qui permet à l'intéressé d'y aller de son couplet d'honnête homme lâchement attaqué par des adversaires politiques. Ainsi est-ce très exactement ce qui s’est passé pas plus tard que mercredi 17 octobre, dans l'émission « C à vous » sur France 5. Comme il n'y a au fond que cette calomnie sur Robespierre qui nous intéresse vraiment, quelle ne fut pas notre fierté lorsqu'elle fut citée en exemple par Alessandra Sublet, présentatrice de l'émission, en ces termes éminemment flatteurs* :
"À l'époque les historiens avaient souligné qu'il y avait certaines erreurs. Fallait quand même aller chercher loin. J'ai un exemple qui est quand même énorme : Robespierre aurait coupé des poils de la barbe du cadavre d'Henri IV, ce que n'atteste aucun historien. Ils vont chercher la petite bête !"
Eh oui, nous sommes un peu scrupuleux quand il s’agit d’une prétendue vérité historique ! Or voici que, miracle ! M. Deutsch, après une parenthèse édifiante sur la partialité des critiques, fit la réponse suivante que nous attendions depuis trois longues années :
"Quand on me dit, par exemple, Robespierre je l'invente. Je l'invente pas. C'était dans les collections du magazine Historia, les collections royales de Robespierre. Il avait des petites collections comme ça. Je me suis amusé à l'imaginer, à partir de ce que j'avais lu, dans la nécropole des rois de France à Saint-Denis en train de prendre la barbe. On pourra le contester comme on veut."
En dépit de l'inintelligibilité partielle de cette réponse, il sera en effet facile de contester l'anecdote puisque l'auteur, tout en prétendant ne l'avoir pas inventée, reconnaît aussitôt et fort tranquillement s'être "amusé à l'imaginer" après une lecture de la revue Historia dont on connaît, hélas, les vilains défauts. Un aveu aussi lumineux sur une méthode de travail pour le moins curieuse méritait en tout cas d'être signalé car, une fois de plus, personne n’a eu l’air de s’en formaliser. Ne reste plus qu'à dénicher ledit numéro d'Historia pour voir dans quelles proportions l'imagination deutschienne a fait de l'histoire un roman. L'enquête des Septembriseurs continue !

KLÉBER

* Voir l'émission à partir de la 48e minute environ.


Images : couverture du livre Métronome (source ici), détail d'une gravure représentant Henri IV exhumé en 1793 (source ici).
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lundi 24 octobre 2011

Le crime ne paie pas : Pâris

Bien moins connu que Charlotte Corday – sans doute en raison de sa victime qui contrairement à Jean-Paul Marat et en dépit de deux stations de métro parisien demeure pour beaucoup aujourd’hui un parfait inconnu – Philippe Nicolas Marie de Pâris (1763-1793) partageait cependant avec la jeune Normande un tempérament tout aussi exalté et une dangereuse fascination pour les armes blanches qu’ils ne tardèrent pas à transformer l'un comme l'autre en une coupable activité contre les régicides.
Contrairement à une rumeur tenace, alimentée entre autres dans la littérature enfantine par le couple Kupferman dans Le Complot du télégraphe, nous savons désormais que Pâris ne réussit pas à gagner l’Angleterre après son crime atroce, mais fut finalement rattrapé par le sort qui lui était réservé depuis le début de la Révolution et auquel il avait réussi à échapper pendant de longues années.
C’est que ce jeune homme de bonne maison avait pu longtemps bénéficier en cette période cruciale de la coupable mansuétude des braves patriotes qui avaient pris les armes contre la tyrannie, malgré son implication répétée et prouvée dans un nombre invraisemblable de mauvais coups contre la Révolution.
Remontons à l’année 1789. À cette époque, Pâris est encore membre du corps des « Gardes du Corps », quatre compagnies d’élite attachées à la protection des personnes de la famille royale. Le fait qu’on ne pouvait entrer aux Gardes que lesté de ses seize quartiers de noblesse, mais qu’on était assuré d’en sortir les poches pleines de récompenses plus consistantes qu’un arbre généalogique, explique fort bien l’attachement fanatique que montrèrent aux Bourbons ces desperados de la monarchie.

C’est à eux qu’on doit, en pleine période de disette, le fameux « banquet » du 1er octobre 1789, pendant lequel fut piétinée la cocarde tricolore. Cette orgie imbécile, à laquelle participa le couple royal, peut presque être considérée aujourd’hui, comme le pot de départ des représentants les plus caractéristiques du parasitisme féodal à la croulante et dispendieuse monarchie française. De fait, une semaine plus tard, la foule des Parisiens criant famine, venue chercher à Versailles, « le boulanger, la boulangère et le petit mitron », s’emparait sans coup férir du Château. Lors de cet événement, les « Gardes du Corps », après avoir abattu sans sommation un malheureux ouvrier, provoquant de ce fait la charge furieuse de la foule, se ridiculisèrent, en s’enfuyant ou en se rendant en masse – au point de laisser Antoinette en péril de mort n’être défendue que par quelques laquais. En fait, à l’exception d’une poignée d’entre eux qui eurent le bon goût de se faire tuer, tous les autres mirent bas les armes sans panache et ne durent leur salut qu’à cette future vieille mule de La Fayette qui, réveillé sur le tard, arriva cependant à temps pour les sauver de la pendaison groupée, en exhibant l’un d’eux à une fenêtre du château, cocarde tricolore bien en vue et beuglant lamentablement « Vive la Nation ». Puis ce fut le retour triomphal à Paris, auquel prirent part les Gardes du Corps, désarmés, têtes basses, encadrés par la garde Nationale parisienne et houspillés par la foule. On imagine fort bien que le jeune Pâris dut être, tout comme ses compères, assez défavorablement impressionné par ces événements.
Les « Gardes du corps » officiellement dissous peu de temps après, ces gentilshommes désormais sans occupation continuèrent de grenouiller auprès des Capets et de mener une agitation factieuse.

La « Journée des Poignards » du 28 février 1791, durant laquelle ces sémillants jeunes gens qui s’étaient regroupés aux Tuileries en vue d’une prise d’armes furent désarmés sans peine par les Gardes Nationaux et une nouvelle fois houspillés par les Parisiens goguenards, ne sembla pas le moins du monde calmer leurs ardeurs. Désormais connus sous le ridicule sobriquet des  « Chevaliers du Poignard », ils s’entêtèrent dans de chimériques projets d’évasions (on les retrouve cochers et postillons lors de la fuite à Varenne) et redorèrent leurs blasons écornés pendant la journée du 10 août en ouvrant sans sommation le feu sur les sans-culottes assemblés, provoquant ainsi la sanglante bataille qui allait se terminer de manière funeste pour la monarchie et surtout pour les malheureux Gardes Suisses et domestiques du château, qui furent promptement égorgés par les vainqueurs de la journée, pendant que nos coquets gentilshommes – dont le dénommé Pâris – qui ce jour ne portaient pas d’uniformes se dispersaient tranquillement parmi la foule. 

Enfin, après avoir participé à tant de mauvais coups, Pâris se décida à frapper plus fort encore, visant, pas moins, que cette mazette de Philippe-Egalité qui jouissait encore à cette époque d’un certain prestige, mais dont on devait découvrir quelque temps après qu’il n’était qu’un vulgaire ambitieux. Du reste, il était trop entouré pour être facilement atteint, et ce fut vers l’un des proches de celui-ci, Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, fils de l’ignoble persécuteur de Jean-Jacques soit dit en passant, que ce jeune désespéré tourna sa rage homicide. Gaillardement attablé à la table du sieur Février, cafetier de son état au Palais-Royal, Lepeletier prenait dans la soirée du 20 janvier, un repas bien mérité après avoir voté la mort du roi, quand il fut soudainement massacré à coup de sabre par Pâris, sous les yeux ébahis des badauds qui n’en demandaient pas tant. Une fois son crime accompli, ce furieux qui disposait visiblement de plus de cruauté que d’imagination, ne trouva rien de mieux à faire que d’aller tranquillement se « cacher » chez sa parfumeuse de maîtresse, sise quelques pas plus loin, place du Palais-Royal !
Finalement, ayant pris conscience que la République, quoique bonne fille, ne saurait souffrir qu'on assassinât ses conventionnels pour un oui ou pour un non, cette canaille décida de migrer vers l'Angleterre. Après un voyage sans hâte, sans crainte et sans remords, et quoique presque arrivé à bon port, il fut stupidement démasqué en faisant quelques emplettes au marché, où il se livra à un grotesque scandale d'ivrogne, insultant outrageusement la Révolution. Scandalisé d'un tel langage qui trahissait quelque peu son aristocrate, un marchand de lapins lui demanda, en vain, de modérer sa fureur, sous peine d’avertir la milice. Pris d’un accès de démence meurtrière, Pâris se saisit finalement d'un de ses pistolets et l'appliquant contre son crâne, fit feu à bout pourtant, apposant une fin sans gloire à une vie sordide.
La Convention gratifia l'héroïque marchand de lapins de 1200 livres dont on espère qu'il les convertit bien vite en biens nationaux arrachés au Clergé.

Bruno FORESTIER

Images : Mort de Le Pelletier de Saint-Fargeau (source Gallica), gravure représentant le banquet des Gardes du Corps (source ici), dessin de Prieur représentant le désarmement des Chevaliers du Poignard par la Garde nationale (source ici), L'assassinat de M. Le Pelletier par Desrais (source Gallica), Les Derniers Moments de Lepeletier, gravure par Tardieu d'après le tableau de David disparu au XIXe siècle (source ici).
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mercredi 27 juillet 2011

Le témoignage historique de Julien Gracq


Événement littéraire de la première partie de l’année 2011, les Manuscrits de guerre de Louis Poirier, alias Julien Gracq, se composent de « Souvenirs de guerre » rassemblés par l’auteur vers 1941 et d’un « Récit » directement inspiré de ceux-ci qu’il rédigea peu après. En proposant ces deux textes inédits dans un même volume, les éditions José Corti invitent le lecteur à une approche essentiellement littéraire. On découvre en effet comment Gracq transpose ses souvenirs à travers le récit, passant du « je » à la figure du « lieutenant G. » et abandonnant un texte très factuel pour une écriture plus proche de son style.
Certains ont dit que le récit n’avait rien de très intéressant, maladroite tentative de transposition sans lendemain. Ce fut peut-être l’avis de l’auteur qui en tout cas ne jugea pas nécessaire de poursuivre cette ébauche et finit par « raconter » la drôle de guerre et la défaite à travers un roman tout différent dans les faits mais remarquable dans son œuvre, Un balcon en forêt. Au contraire, le récit a été considéré par d’autres comme un vrai texte gracquien, sous entendu autre chose que ces souvenirs télégraphiques qui feraient presque rougir ses plus fervents admirateurs. Quoi qu’il en soit, c’est d’abord sous un angle littéraire que la critique a reçu ce livre, ce qui du reste se justifiait pleinement. Aussi bien, sans trop revenir sur ce point déjà abondamment discuté, nous évoquerons ces Manuscrits de guerre sous un autre aspect, malheureusement trop négligé et pourtant capital à nos yeux, l’aspect historique.

En France, L’Étrange défaite de l’historien Marc Bloch (écrit dès 1940 et publié à la Libération) résume pour toujours la débâcle. Ce livre incontournable fait pourtant de l’ombre à bien d’autres et par exemple à un court récit de l’écrivain Léon Werth, célèbre dédicataire du Petit Prince de Saint-Exupéry, qui sous le titre 33 jours raconta l’extraordinaire périple entrepris par lui et son épouse, simples civils, pour quitter Paris et rejoindre un lieu sûr à la campagne. On peut dire que les Manuscrits de guerre de Julien Gracq offrent un pendant à 33 jours en contant cette fois-ci la piteuse retraite de militaires face à l’avancée allemande. Commencés le 10 mai 1940, jour du début de l’offensive, les souvenirs du lieutenant Louis Poirier s’achèvent par sa capture le 2 juin à Dunkerque. Entre temps, on assiste au quotidien de la section qu’il dirige (composée d’une vingtaine de soldats bretons), et l’égrenage méticuleux de ces journées livre un témoignage accablant sur l’état de l’armée française en 1940.

Ce qui immédiatement atterre, c’est l’indiscipline qui règne parmi les rangs. Dès qu’une occasion le permet, les soldats filent se ravitailler en bouteilles et ne tardent pas à être fin saouls : « les hommes, encore ivres et déjà très affamés, sont impossibles à tenir » dit Gracq. De même, les ordres contradictoires voire inexistants que doit suivre le lieutenant Poirier tiennent au moins de la farce. Équipée de cartes belges qui laissent en blanc le pays hollandais, la section se promène aux Pays-Bas sans la moindre indication géographique. Elle finit par redescendre vers la Belgique, poursuivie par un ennemi invisible dont l’immense supériorité est partout annoncée : « Vous ne pouvez rien faire, ils sont trop fortsdisent les civils, impartialement ».
À lire cette lamentable odyssée, on comprend un peu mieux comment les armées alliées ont pu se disloquer si rapidement. Les soldats vont en marchant comme au temps des conquêtes napoléoniennes et aucune unité motorisée ne les suit. D’après l’auteur, il y a bien quelques avions, mais pour quelle réussite ? Futur ami de Julien Gracq, le capitaine Ernst Jünger écrivait d’ailleurs au même moment dans son journal (Jardins et routes) : « Ce qui me semble surtout inquiétant pour notre adversaire, c’est que nous n’apercevons pas le moindre avion français ». Les chars allemands, quant à eux, sont omniprésents, tandis que les braves soldats français se baladent équipés de leurs seuls F.M., à l’aveuglette, avec le sentiment permanent d’être « tournés ». C’était bien ce qu’il advenait au même moment, le front ayant été rompu dès le 13 mai par les unités de panzers et l’immense coup de faucille imaginé par le général von Manstein étant en train de ramener dans la nasse les armées franco-anglaises cernées de toutes parts. Dunkerque allait être la destination finale de ces troupes prises au piège comprenant la malheureuse section du lieutenant Poirier.

Durant ces trois semaines de vagabondage, c’est à peine si quelques coups de feu sont échangés. Il y a pourtant des morts, aussi inattendus que négligeables (« ça ne me fait rien. Rien »), mais en somme cette équipée se résume à une fuite éperdue devant les « Boches » invincibles. Dans Dunkerque bombardé, le défaitisme est partout, y compris et d’abord chez les officiers qui ne font rien pour empêcher la débandade. Faute de résister, ils ne pensent plus qu’à « singer jusqu’au détail 1870 et 1914 ». Alors on brûle le drapeau, premier geste de la « défense héroïque », en attendant tranquillement d’être fait prisonnier.
La section du lieutenant Poirier n’est pas la plus chanceuse puisqu’elle a encore une mission à accomplir au milieu de cette pagaïe : ordre lui est donné d’aller tirer ses dernières cartouches pour ralentir les troupes allemandes qui commencent à entrer dans la ville. Pendant que des milliers de soldats descendent en hâte vers la mer pour s’embarquer vers l'Angleterre s’ils le peuvent, la poignée d’hommes remonte le cortège des fuyards sous les invectives (« Vous n’allez pas vous faire tuer, quand même ! », « Il est pas complètement dingue, çui-là ! »). Installés dans des maisons abandonnées, Louis Poirier et ses soldats passent là quelques journées à attendre puis à tirer sur les Allemands sans que ceux-ci daignent seulement répondre à leur fusillade. Tout finit donc comme c’était annoncé : ils sont faits prisonniers.

Concentré sur deux journées déjà racontées dans les « Souvenirs de guerre », le récit permet de développer deux événements importants survenus les 24 et 25 mai et déjà longuement racontés dans les souvenirs : l’aventure nocturne de la section cherchant à rejoindre ses lignes et l’attaque du side-car au petit matin. Par ce biais, Julien Gracq détaille l’état d’esprit des soldats au gré des ivresses et des fatigues, en même temps qu’il dépeint la colère puis l’anxiété qui saisissent tout à tour le lieutenant G., seul responsable de ces vingt soudards apeurés, perdus au milieu de lignes dont on ne sait si elles sont encore françaises ou déjà allemandes.
La transposition à la « fiction » ne touchant jamais les faits qui sont scrupuleusement restitués, le récit conserve toute sa valeur historique. Comme dans les « Souvenirs » où l’écriture est traversée d’images, le travail de l’écrivain n’altère ici en rien la cruelle sincérité du témoin. C’est en cela que les Manuscrits de guerre montrent leur richesse. Œuvre littéraire à plus d’un titre, ils renferment avec eux tout un pan historique, la description vraie de ce que fut la débâcle.

Lucien JUDE


Images : couverture de Manuscrits de guerre chez Corti (source ici), couverture de 33 jours de Léon Werth (source ici), couverture de L'Étrange défaite de Marc Bloch (source ici), couverture de Jardins et routes d'Ernst Jünger (source ici), Dunkerque en ruines en 1940 (source ici), Julien Gracq en 1951 (source ici).
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mardi 14 juin 2011

Le quart d'heure fatidique

Le 14 juin 1800 est une célèbre date à double titre. À Marengo, le premier consul Bonaparte remporte une victoire capitale grâce au renfort du général Desaix tout juste revenu d’Égypte. Ce dernier, sauveur et héros, est tué à la tête de ses hommes lors des combats. Le même jour, en Égypte précisément, le général Kléber qui vient de rétablir une situation militaire et politique des plus compromises est lâchement assassiné. Ce hasard qui fait mourir en même temps et à des milliers de kilomètres deux des meilleurs soldats de la Révolution est l’une des coïncidences les plus frappantes de l’Histoire. Tâchons d’expliquer comment ces deux hommes disparurent après avoir chacun transformé une défaite en victoire.

On sait que Bonaparte abandonna deux fois son armée dans l’intérêt de son destin personnel. La seconde fois, ce fut en Russie, peu après la Bérézina, lorsqu’ayant appris le complot du général Malet il décida de rentrer dare-dare à Paris pour y rétablir l’ordre. Cette fabuleuse fuite en traîneau a été racontée par son unique témoin, le Grand-écuyer Caulaincourt, dans un récit inoubliable (De Moscou à Paris avec l’Empereur, extrait de ses mémoires publié par 10/18). La première fois eut donc lieu en Égypte, lorsque voyant son expédition condamnée à l’état de colonie, il quitta nuitamment le pays avec quelques fidèles, laissant Kléber se charger seul des troupes. Ce dernier goûta assez peu cette promotion découverte en même temps que le départ de Bonaparte qui s’était bien gardé de l’avertir de quoi que ce soit avant d’être déjà loin. C’est ainsi que le général Kléber dut bon gré mal gré prendre la direction de tout un corps expéditionnaire démoralisé et pressé de quitter ces parages exotiques tout en faisant face aux menaces anglaises et turques.

Les Anglais, disons-le, tentèrent d’user contre Kléber d’une fourberie à la hauteur de l’immense réputation que l’histoire leur reconnaît en la matière : ayant conclu avec lui la convention d’El-Arich, qui en échange de l’évacuation de toute l’Égypte permettait à l’armée de rentrer en France avec les honneurs, ils décidèrent tout simplement de ne point l’appliquer alors même que les troupes françaises venaient d’abandonner leurs places conformément à leurs engagements. On conviendra que cette interprétation toute spéciale de leurs obligations contractuelles tenait au moins de la goujaterie. L’honnête signataire de la convention qu’était l’amiral Smith eut pourtant le mérite de désapprouver ce procédé scélérat tout droit venu de Londres et en avertit illico le général Kléber. Celui-ci ayant reçu dans le même temps une lettre péremptoire de la part de l’amiral Keith, commandant de la flotte anglaise, qui exigeait ni plus ni moins sa capitulation, il entra dans une légitime colère en se voyant duper si effrontément. Décidé à ne pas se rendre malgré les irréparables pertes résultant de l’exécution de la convention par ses troupes, il fit mettre la lettre de Keith à l’ordre de l’armée et y ajouta ces fameux mots :
« Soldats, on ne répond à une telle insolence que par des victoires. Préparez-vous à combattre ! »
Ni une, ni deux, Kléber prit ses dispositions et marcha aussitôt avec 10 000 hommes pour faire face à l’armée turque que téléguidaient les Anglais (on admirera là encore le génie anglais qui non content de ne pas respecter ses engagements est assez malin pour envoyer des étrangers se battre à sa place). Les Turcs plus de trois fois supérieurs en nombre prirent une mémorable raclée à Héliopolis. Fort de ce succès, Kléber reconquit dans la foulée toute la Haute-Égypte puis reprit Le Caire en pleine révolte après 10 jours de siège. C’est sur ces nouvelles bases inespérées qu’il s’attacha alors à restaurer la paix tout en développant une colonie française. Il est probable que celle-ci aurait perduré s’il avait vécu. Mais le 14 juin 1800, au faîte de sa gloire, il fut assassiné par le misérable Soleyman, étudiant en sciences islamiques d’origine syrienne, qu’une obscure bande de coupe-jarrets avait fanatisé au nom de l’Islam. L’incapable général Menou allait par la suite se charger de brader ce que Kléber avait sauvé.

Quelques semaines auparavant, en mars 1800, le général Desaix, fidèle de Bonaparte, avait quitté l’Égypte pour reprendre du service auprès du nouveau premier consul. Cet excellent général, par ailleurs lettré, surnommé le « sultan-juste » par les populations locales, entendait précisément profiter de la convention d’El-Arich qui à cette époque semblait encore une heureuse affaire. Hélas, à peine débarqués par les Anglais à Livourne sous le fallacieux prétexte du renouvellement de leurs passeports (la fourberie anglaise n’avait décidément aucune limite), Desaix et les soldats qui l’accompagnaient comprirent enfin que cette convention n’était qu’une vaste arnaque lorsqu’ils furent arrêtés par l’amiral Keith. Ce dernier, pontifiant comme Olrik devant ses prisonniers, lança au général français qu’il recevrait le traitement d’un simple soldat en hommage à l’égalitarisme révolutionnaire. On ne doute pas qu’il dut partir d’un grand éclat de rire après ce trait machiavélique. Dans un autre genre que Kléber, Desaix aurait alors eu ces mots cinglants à l’adresse de cette canaille d’Anglais :
« Je ne vous demande rien, que de me délivrer de votre présence. Faites, si vous le voulez, donner de la paille aux blessés qui sont avec moi. J'ai traité avec les Mamelucks, les Turcs, les Arabes du grand Désert, les Éthiopiens, les noirs du Darfour, tous respectaient leur parole lorsqu'ils l'avaient donnée, et ils n'insultaient pas aux hommes dans le malheur. »
Voilà qui était dit et bien dit. Il faut croire que ces bonnes paroles ébranlèrent un tant soit peu l’amiral Keith puisqu’il finit par accorder la délivrance au général Desaix au bout d’un mois de captivité. Rentré à Toulon début mai, notre homme y attendit son ordre de mission et en repartit incontinent pour rejoindre Bonaparte qui guerroyait déjà en Italie.

Trois jours avant la bataille de Marengo, Desaix arriva au quartier général où il lui fut confié le commandement de la réserve. Bonaparte, qui ne manquait pas d’air, profita de ses retrouvailles pour faire la morale à son fidèle lieutenant en lui reprochant d’avoir signé cette damnée convention d’El-Arich, qui, appliquée ou non, était à ses yeux une scandaleuse capitulation. De la part de celui qui avait filé à l’anglaise — c’est le cas de le dire —, qui plus est sans un mot d’adieu, c’était culotté. Mais Desaix répliqua qu’il signerait à nouveau la convention si c’était à refaire, les circonstances étant telles qu’elle était apparue comme le meilleur moyen de quitter l’Égypte en bon ordre. Il est regrettable de voir qu’un mois de prison chez les Anglais ne l’avait pas dégoûté de signer quoi que ce soit avec eux…

Le 14 juin 1800, donc, Bonaparte l’envoya en reconnaissance sur la route de Gênes ignorant que les Autrichiens étaient déjà devant lui. L'ennemi, constatant sa supériorité numérique en hommes et en canons, ce qui reste le suprême secret en stratégie militaire, choisit ce moment pour attaquer. Il tomba à l’improviste sur les forces françaises qui, surprises à leur réveil, furent très vite débordées. Pour une fois, Bonaparte s’était fait berner en beauté et allait le payer par une défaite. Le cœur battant de joie, le général en chef autrichien fila immédiatement sur les arrières pour concocter un retentissant bulletin de victoire à l’adresse de toute l’Europe.

Cependant, à quelques kilomètres de là, le bruit du canon décidait le général Desaix qui, contrevenant aux ordres, fit volte-face pour revenir à marche forcée vers Marengo (un certain Grouchy n’eut pas ce réflexe salutaire 15 ans plus tard, presque jour pour jour). C’est ainsi qu’à 17 heures, ses troupes de réserve surgirent sur le champ de bataille pour le plus vif soulagement de Bonaparte qui commençait à battre piteusement en retraite. Ce renfort s’avéra en effet décisif en ne tardant pas à mettre en déroute des Autrichiens trop sûrs de leur victoire.
Le brave général Desaix n’eut hélas pas même le temps de savourer l’opportunité de son intervention puisqu’à peine arrivé sur le champ de bataille, il fut frappé d’une balle en plein cœur et mourut aussitôt. Bonaparte, à qui tout le prix de la victoire revint, n’eut que ce mot en apprenant la mort de Desaix : « Pourquoi ne m’est-il pas permis de pleurer ! ».
Le succès de Marengo entraîna la signature de la convention d’Alexandrie qui força l’Autriche à évacuer la Lombardie et le Piémont pendant que les armées françaises investissaient plusieurs places fortes sans coup férir. Inutile de préciser que cette convention signée entre gens respectables fut respectée à la lettre.

Ainsi finirent le 14 juin 1800 deux grands généraux. Peut-être faut-il voir dans ce jour la fin d’une époque. En mourant, Kléber et Desaix rejoignaient Marceau, Hoche, Championnet et bien d’autres héros de l’armée révolutionnaire. Rien d’étonnant, dès lors, que la légende ait tenté d’embellir le hasard en affirmant qu’ils succombèrent dans le même quart d’heure fatidique. Vérification faite, plusieurs heures séparèrent leurs morts.

KLÉBER

Images : gravure représentant l'assassinat de Kléber (source ici), Kléber haranguant ses troupes peu avant la bataille d'Héliopolis (source ici), planche à découper de l'Imagerie d'Épinal représentant l'assassinat de Kléber (source ici), portrait du général Desaix (source ici), image d'Épinal représentant la bataille de Marengo (source ici), gravure représentant la mort de Desaix (source ici).
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vendredi 25 mars 2011

La Commune aujourd'hui

L’actualité nationale et internationale étant des plus agitées, le 140e anniversaire de la Commune de Paris a eu lieu dans une indifférence presque générale. Il ne fallait certes pas s’attendre à quelque commémoration officielle de la part d’un gouvernement qui déjà craint de célébrer un écrivain comme Céline, mais on aurait à tout le moins pu s’attendre à ce que cet événement tragique soit un peu plus évoqué par les médias, qui plus est en ces temps de révolutions. Il reste toutefois une initiative, celle de la mairie de Paris qui, pour une fois bien avisée, a ouvert une exposition gratuite consacrée à la Commune.
De notre côté, faute de temps pour pleinement exprimer nos vues sur le sujet, cette courte note fera office de pis-aller. À ceux qui chercheraient quelques évocations plus substantielles, nous nous permettons de conseiller la lecture du Journal illustré de la Commune de Paris que nos amis de la Raspouteam viennent de lancer. On y trouvera d’intéressants articles retraçant le contexte historique ainsi que de belles illustrations mêlant gravures d’époque et perspectives contemporaines.
Quant à nous, il va sans dire que nous ferons tout pour rattraper au plus vite cet impardonnable retard dans nos publications.

Les Septembriseurs

Image : drapeau de la Commune (source Raspouteam).
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dimanche 27 février 2011

Ganache du mois : Carteaux

Toutes les ganaches se ressemblent-elles ? Une nullité professionnelle établie, un dédain complet des vies humaines, bien souvent une belle moustache et un amour immodéré des décorations unissent profondément cette fraternité aux ramifications internationales. On serait donc tenté de répondre oui. L’armée française fournit pourtant quelques cas d’officiers qui au fond ne furent pas de mauvais bougres mais se trouvèrent chargés de responsabilités dépassant leur faible entendement. Si l’on veut bien oublier quelques instants les incalculables conséquences que leur impéritie aura causées, il en est même qui sous leur qualité de ganache dissimulent de « braves gens ». Le général Jean-François Carteaux (1751-1813) illustrera notre propos.
Né en 1751 en Franche-Comté, fils de militaire, Carteaux s’orienta vers une carrière artistique après avoir été remarqué par le peintre Doyen dont il devint l’élève. Sans pour autant abandonner les armes, son autre passion, il acquit une certaine réputation dans son métier, allant, selon la légende, jusqu’à faire le portrait du roi Frédéric II de Prusse. Lui-même se définissait comme « peintre de bataille » et de fait il commit essentiellement des tableaux d’histoire militaire.
Au commencement de la Révolution, notre homme avait déjà près de 40 ans. Il se rallia volontiers aux nouveaux principes et, tout en servant dans la garde nationale, se chargea de réaliser le portrait équestre de Louis XVI (cette œuvre des plus médiocres, exécutée en 1791, lui valut quelques ennuis sous la Terreur…).

La promotion militaire de Carteaux mérite quant à elle d’être contée tant elle est un bel exemple de la magie révolutionnaire… Lors de la journée du 10 août 1792, Carteaux se fit remarquer par son zèle patriotique et en fut aussitôt récompensé en obtenant le grade d’adjudant-général. On ne sait trop pourquoi, la Convention jugea utile de le remercier encore en l'élevant au grade de commandant et c’est ainsi qu’à force de promotions le brave Carteaux, peintre de profession, se retrouva en toute simplicité à la tête de l’armée chargée de combattre les insurgés du Midi au début de l’été 1793. Ces derniers s’étant débandés à peine les premiers coups de feu échangés, il gagna sans difficulté ses galons de général et entra le 25 août dans Marseille auréolé d’un prestige pour ainsi dire inexistant. Reprendre la ville de Toulon qui venait de se livrer aux Anglais devint dès lors sa nouvelle mission. Comme il fallait s’y attendre, cette mission d’une toute autre dimension permit enfin de reconnaître la totale incapacité du général Carteaux…


Les exemples fourmillent sur les bévues que commit l’infortuné général durant toute la période où il commanda en chef devant Toulon. Qu’il nous suffise de reproduire ci-dessous le plus connu de tous dont fut témoin le jeune Bonaparte tout juste arrivé pour commander l’artillerie du siège. Le maréchal Marmont qui était alors soldat dans cette armée en fit la relation suivante dans ses mémoires :
« [Bonaparte fut mené] chez Carteaux, qui l'engagea à rester à dîner, en lui annonçant, pour la soirée, le spectacle de l'incendie de l'escadre anglaise. Après le dîner, Carteaux et les représentants, échauffés par les fumées du vin et pleins de jactance, se rendirent en pompe à une batterie dont on attendait ces brillants résultats. Bonaparte, en homme du métier, sut à quoi s'en tenir en arrivant : mais, quelles que fussent ses idées sur la stupidité du général, il lui aurait été impossible de deviner jusqu'à quel point elle avait pu aller. Cette batterie, composée de deux pièces de vingt-quatre, était située à huit cents toises de la mer, et le gril pour rougir les boulets avait probablement été pris dans quelque cuisine.
Bonaparte annonça que les boulets n'iraient pas à la mer, et démontra que, dans aucun cas, il n'y avait le moindre rapport entre le but et les moyens. Quatre coups de canon suffirent pour faire comprendre combien étaient ridicules les préparatifs faits ; on rentra l'oreille basse à Ollioule, et l'on crut avec raison que le mieux était de retenir le capitaine Bonaparte et de s'en rapporter désormais à lui. »
Malgré la bonne opinion qu’il avait de Bonaparte, Carteaux rechignait quelque peu à appliquer les conseils de son jeune subordonné et en les exécutant de travers prolongeait chaque fois plus la durée du siège. Un ordre fantaisiste qu’il prit après plusieurs jours de savantes méditations et dont copie fut envoyée à Paris finit par alarmer le Comité de salut public qui décida de le révoquer manu militari.

C’est ainsi qu’après une courte période d’inactivité, le général Carteaux ne tarda pas à atterrir dans les geôles révolutionnaires pour y répondre de ses pittoresques décisions prises devant Toulon. Il se fendit alors d’un remarquable mémoire en défense signé « Carteaux, fils de soldat » dans lequel, à défaut de pouvoir signaler beaucoup d’exploits militaires, il rappela avec raison ses qualités de patriote. D’une belle sincérité, il conclut son œuvre par ce trop oublié proverbe : « qui sort de la poule, ne peut s’empêcher de gratter ». L’histoire ne dit pas si cette sentence fit mouche et déstabilisa les implacables juges du Tribunal révolutionnaire, mais le fait est que son cas ne fut pas jugé et qu’il put ainsi se sauver.
Libéré après Thermidor, Carteaux refit une apparition en tant que général sous les ordres de Hoche en Normandie puis lors du 13 Vendémiaire où il défendit la Convention ainsi que Bonaparte. Au cours de ces combats, sa colonne fut bien évidemment mise en échec et même repoussée et c’est grâce à son ancien subordonné que la victoire fut une fois de plus acquise…
Napoléon jugeait Carteaux parfaitement incapable mais lui gardait sa sympathie. Il dit de lui en des termes plus diplomatiques qu’il n’était « pas un méchant homme mais un officier très médiocre ». C’est pourquoi, sans aucun ressentiment pour la période durant laquelle il eut à lui obéir en dépit du bon sens, il le nomma en 1801 administrateur de la Loterie nationale, poste inventé pour une ganache s’il en fut jamais. Toujours bon envers cet incapable général, l’empereur alla même jusqu’à le charger de l’administration de la principauté de Piombino en 1804 avant de lui verser dès l’année suivante une pension de retraite sur sa cassette personnelle. C’est donc dans la plus parfaite quiétude que le brave général Carteaux mourut à Paris en 1813, ayant eu l’insigne privilège de commander au futur Napoléon Ier lors de sa plus mémorable représentation de ganache.


KLÉBER

Images : portrait du général Carteaux (source ici), tableau équestre de Louis XVI par Carteaux (source ici), gravure représentant la flotte anglo-espagnole lors du siège de Toulon (source ici), mémoire justificatif de Carteaux (source gallica).
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