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mardi 29 mai 2012

Chevallier à la triste figure

Il n’est pas rare que les grands écrivains donnent des épithètes à la langue française, que ce soit par leur nom (dantesque, rabelaisien, cornélien…) ou par leurs héros (pantagruélique, gargantuesque, ubuesque…). Mais il existe une catégorie intermédiaire où seul le nom du héros a laissé son empreinte, l’auteur étant peu à peu oublié par une postérité bien ingrate. Tel est le cas par exemple du personnage de Rocambole qui donna l’adjectif rocambolesque avec le succès que l’on sait, tandis qu’était irrémédiablement oublié son créateur, l’aimable Ponson du Terrail. C’est incontestablement à cette même catégorie qu’appartient le mot Clochemerle, défini sur Wikipédia comme « un village ou une communauté déchirée par des querelles burlesques ». De fait, le village de Clochemerle, héros à part entière du roman du même nom publié en 1934, demeure le sympathique cliché de la société provinciale française du début du XXe siècle. S’il n’est pas dit que cette expression populaire plutôt récente soit éternellement conservée, du moins rappelle-t-elle encore l’existence d’un roman dont l’auteur a été quant  lui singulièrement oublié…

C’est à Gabriel Chevallier, né en 1895 à Lyon, que l’on doit Clochemerle. Cet écrivain passé par l’expérience traumatisante de la Première Guerre mondiale comme toute sa génération s’était d’abord fait remarquer avec le récit très personnel qu’il en avait retiré, La Peur, publié en 1930. Sous une forme à peine romancée, il y contait une tout autre guerre que celle vantée et imagée par la propagande et, loin même des récits authentiques mais courageux donnés par Barbusse, Dorgelès ou Remarque, il décrivait pour la première fois la peur et la lâcheté régnant parmi les soldats forcés de combattre. On conçoit que ce roman ait immédiatement classé son auteur à gauche en ce temps où l’antagonisme fasciste-communiste faisait rage. Quatre ans plus tard, la publication de Clochemerle devait achever de placer Chevallier sur l’échiquier politique. Écrite dans une langue riche et fleurie, l’histoire de ce village du Beaujolais commence sur une étonnante discorde entre le parti réactionnaire (représenté par le curé et la baronne) et le parti progressiste (le maire et son conseiller) au sujet de l’installation d’une simple pissotière. De là vont naître d’incroyables luttes de clan où les rivalités et jalousies locales éclatent au grand jour et créent les plus comiques péripéties.

À n’en pas douter, il faut considérer Clochemerle comme l’un des best-sellers des années 30, loin devant Voyage au bout de la nuit qui fit plus de bruit que de ventes. Le roman assura à Gabriel Chevallier une célébrité soudaine et durable, aussi bien en France qu’à l’étranger où il fut traduit en 27 langues. Les Anglo-saxons, en particulier, se montrèrent très friands du livre, et encore aujourd’hui il est impossible de ne pas trouver un bouquin de Chevallier jusque dans un bookshop du fin fond de l’Australie… D’autres romans suivirent, notamment Sainte-Colline (1937) inspiré de l’enfance en pensionnat de l’auteur, ou Les Héritiers Euffe (1945). Néanmoins, rançon de l’immense succès obtenu, Chevallier n’est jamais parvenu à exister autrement que par Clochemerle, la plus évidente preuve en étant qu’il écrivit deux suites à son roman, prenant soin de toujours conserver le nom fameux, Clochemerle-Babylone (1951) et Clochemerle-les-Bains (1963).

Qui était vraiment Gabriel Chevallier ? Un bon vivant pacifiste ? Un écrivain de seconde catégorie éclipsé par la gloire d’un roman ? C’est en lisant ses mémoires publiés sous un titre lui aussi révélateur qu’on l’apprend : L’Envers de Clochemerle (1965).
Plutôt qu’un récit linéaire de sa vie, on trouve dans L’Envers de Clochemerle une collection de réflexions et souvenirs épars que Chevallier a souhaité réunir et ordonner, d’autres souvenirs de jeunesse ayant déjà été racontés dans Chemins de solitude (1945) et Carrefours des hasards (1956). Sous-titrée « propos d’un homme libre », cette ultime autobiographie aborde tous les sujets qui lui tiennent à cœur, savoir : les femmes, la guerre, l’écriture, les rencontres et, bien entendu, lui-même.

Autant le dire d’emblée, pour qui a lu Clochemerle et La Peur c’est une personnalité bien différente que l’on découvre ici. Nous qui imaginions un écrivain modeste et humble, nous voilà bien déçus ! Chevallier ne manque en effet pas de défauts, à commencer par une certaine vanité dont il se croit pourtant l’homme le plus dépourvu au monde. Ainsi, avec une désarmante assurance, n’hésite-t-il pas à se considérer comme l’égal de Gide ou Proust, ajoutant très tranquillement ne vouloir échanger son œuvre « contre aucune autre ». Pourquoi pas, se dit-on d’abord, il faut bien avoir quelque orgueil… Mais à peu près tout ce qui suit est hélas du même ordre. Comparé par certains à Marcel Aymé et même accusé de s’être inspiré de son roman La Jument verte pour Clochemerle, Chevallier n’hésite pas à trancher : « quand on copie on fait généralement moins bien, et ce n’est pas le cas », ce en quoi il n’a pas tort. Mais est-il besoin d’ajouter avec suffisance : « Tout le monde connaît Clochemerle, qui sert de terme de comparaison, comme on connaît mes personnages. Alors que je ne vois pas qu’on cite Claquebue au même titre, ni les personnages de La Jument verte » ?

Pour donner une petite idée de cette propension à l’autosatisfaction qui parcourt allègrement L’Envers de Clochemerle, voyons comment l’auteur traite de son expérience au théâtre. Auteur de la pièce Le Ravageur, mise en scène par Willemetz, Gabriel Chevallier, après avoir rappelé qu’il était un profane en dramaturgie (ce qui doit ici relever son mérite), considère modestement que tout le succès de la pièce lui est dû : « mes répliques arrivaient en rangs si serrés que le rire l’emporta », « je ne vis dans la salle que deux ou trois indésirables aux dents serrées, qui étaient venus avec l’idée de trouver tout mauvais ». Naturellement, quand vient une mauvaise critique dans la presse, il ne s’agit que d’un « éreintement de vengeance, parce que nous avions eu ailleurs un accrochage ». Le compare-t-on à un « nouveau Jean de Létraz » qu’il répond vexé : « jamais Jean de Létraz n’a écrit comme je sais écrire ». En revanche, il ne manque pas de noter, sans commentaire : « Robert Kemp citait Aristophane à mon sujet ». Il reste que les mesquineries et jalousies d’une partie de la presse ne pouvaient pas grand chose contre la pièce, car on découvre avec étonnement que le vrai responsable de son « semi-échec » fut un cas de force majeure :
« J’eus contre moi, et c’était infiniment plus grave, la saison. On avait présenté ma pièce à la fin d’avril 1952. Le printemps, cette année-là, éclata en fanfare, gavant de soleil les campagnes. Au cours du mois de mai, tant en week-ends qu’en fêtes, la ville se vida pendant quinze jours. Il était difficile de faire recette dans ces conditions. Et ce beau temps devait durer. Ma pièce tint l’affiche pendant les mois les moins fructueux, juin, juillet, août, septembre, arrivant à la cent cinquantième environ. Tous ceux qui la virent s’en déclarèrent enchantés ».
C’est alors que, trahison, on retira la pièce de l’affiche ! Pour sa peine, le théâtre des Bouffes où elle se jouait enregistra aussitôt « une série de fours ». Ainsi s’acheva l’aventure théâtrale de l’auteur.

En dehors de cette vanité que l’on eût préféré ne pas rencontrer si souvent, les idées sociales et politiques exposées par Gabriel Chevallier dans ses mémoires nous le montrent également sous un nouveau jour. L’auteur de Clochemerle ne renie certes rien de ce qui a fait son succès : cette ironie subtile tournée contre les personnages de la comédie humaine, l’antimilitarisme qui lui fit écrire des pages mémorables sur toutes les ganaches de l’armée, enfin cette verve profondément humaniste qui nourrit ses meilleurs romans. Mais c’est précisément pourquoi plusieurs réflexions de sa part frappent le lecteur quand elles n’auraient pas choqué sous la plume d’un écrivain moins catalogué par ses écrits.
Tout commence avec les femmes, chapitre auquel il consacre soixante pages d’aphorismes plus ou moins heureux. Fier de ses succès auprès de la gent féminine (on eût été étonné du contraire), il conclut par des réflexions qui, si elles sont d’une époque révolue, n’en feraient pas moins défaillir d’horreur les moins féministes : « La femme, elle, met tout en ordre, prépare déjà la journée du lendemain. Souvent la dernière à se coucher et la première à se lever. Peut-on lui demander une grande élévation intellectuelle, prise qu’elle est par des besognes terre à terre, pourtant indispensables ? ». Ou encore : « Nous reprochons souvent aux femmes un certain infantilisme, qui parfois nous agace. C’est pour elles une grâce d’état, qui les met de plain-pied avec leurs enfants, à tous les âges ». Et ainsi de suite.

La partie intitulée « Mon temps » permet à Chevallier de s’exprimer sur toutes sortes de sujets politiques. Ainsi découvre-t-on qu’il fut partisan de l’Algérie française, non par esprit colonialiste, mais par raison sentimentale. Il déplore l’abandon précipité de cette colonie qui entraîna le rapatriement désordonné des Pieds-noirs et le massacre des Harkis. S’il fallait lâcher l’Algérie, estime-t-il, deux ou trois décennies de transition eussent été nécessaires pour ne pas créer le marasme que l’on sait. Parlant du communisme, Chevallier explique pourquoi il n’a jamais voulu y adhérer (« son intransigeance rigide m’aurait empêché de faire mon métier d’écrivain comme j’entendais l’exercer ») et pourquoi aussi il croit en son avenir : « le socialisme imprègne de plus en plus le monde capitaliste ». Mais c’est sur le Maréchal Pétain qu’il livre les propos les plus stupéfiants, quoique là encore assez représentatifs de l’époque et fidèles à la thèse du glaive et du bouclier qui avait alors cours :
« Un vieux maréchal de France n’est pas un traître. […] Était-il bien nécessaire de déshonorer une des plus grandes figures de notre histoire, l’homme qui nous avait servi de bouclier à plusieurs reprises ? Combien la France eût été grandie aux yeux du monde si le vieux maréchal et le jeune général qui avaient mené le même combat, l’un dans la place investie, l’autre à l’extérieur pour préparer l’assaut et la délivrance, eussent descendu côte à côte les Champs-Élysées. Quelle tempête de vivats, quel élan de reconnaissance les eût salués l’un et l’autre ! ».
Et Chevallier de conclure : « Je pense qu’il faudra que justice soit un jour rendue au vieux chef humain, qui avait su mériter la vénération de ses soldats. Notre honneur national ne pourra qu’y gagner ». Ces lignes écrites vingt ans après la guerre par un écrivain antimilitariste, l’homme le moins suspect au monde de nationalisme, devraient faire réfléchir ceux qui aujourd’hui portent un regard manichéen sur un conflit où le peuple français, plus que n’importe quel autre, fut foudroyé par la débâcle du pays au point d’en perdre toute raison.

Terminons notre propos par de meilleures choses. Il faut, pour être tout à fait honnête, reconnaître des qualités à L’Envers de Clochemerle et à son auteur. Malgré ce ton de suffisance qui transparaît trop souvent, c’est un livre passionnant à bien des égards. Les pages contant la drôle de guerre, intitulées « Le Guerrier désœuvré », donnent un accablant aperçu de l’amateurisme des préparatifs à la guerre. On y retrouve avec plaisir le ton drôle et savoureux de l’auteur décrivant ses journées inutiles de mobilisation dans le Génie. Pareillement, dans un chapitre consacré à son enfance malheureuse, Gabriel Chevallier donne plusieurs récits hauts en couleur sur une époque et ses valeurs. C’est d’ailleurs avec le même art que, plus loin, évoquant ses rencontres, il restitue l’atmosphère du milieu littéraire lyonnais de l’entre-deux-guerres où brillaient Henri Béraud et beaucoup d’auteurs désormais oubliés. En somme, ce n’est que lorsqu’il cherche à accumuler ses idées sur l’écriture et ce qu’il nomme les généralités (amour, vertu, honneur, vanité…) que Chevallier faiblit un peu, l’aphorisme devenant bien souvent poncif, à l’exception des pages sur la guerre, un thème de prédilection chez lui. Restent enfin de belles analyses littéraires sur ses pairs, ceux qu’il situe, avec lui, sur la ligne des sommets : André Gide, Henry de Montherlant, Valéry Larbaud, Louis Aragon, etc. Pour justifier ses choix éclectiques, une seule devise prime, qu’il répète à l’envi: « talent d’abord ! ».

La lecture de L’Envers de Clochemerle est, on le voit, riche d’enseignements. Si elle dévoile l’orgueil inattendu d’un écrivain qu’on imaginait plus sympathique, elle n’en livre pas moins le témoignage honnête et brillant d’une vie mouvementée, traversée par deux guerres mondiales et un succès littéraire dont on parle encore. Ce n’est pas peu.

Lucien JUDE

Images : photo de Gabriel Chevallier (source ici), couverture de Clochemerle en livre de poche (source ici), couverture de Sainte-Colline en livre de poche (source ici), couverture de L'Envers de Clochemerle (source ici), couverture de la pièce Le Ravageur (source ici), affiche de propagande du maréchal Pétain (source ici), photo de Gabriel Chevallier (source ici).
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lundi 21 mai 2012

La faillite des "Thibault"

« C’est puissamment banal, bourgeois avec grandeur, pas artiste pour un sou. »
Non ce n’est pas du Bloy, ni du Céline, mais du André Gide parlant des Thibault, le roman cycle de son grand ami Roger Martin du Gard.
Attention ! Pour savoir ce que pense cette girouette de Gide, il ne faut pas se reporter aux jugements pleins d’indulgence contenus dans le journal : « Roger Martin du Gard incarne à mes yeux une des plus hautes formes de l’ambition : celle qu’accompagne un constant effort de se perfectionner soi-même… », mais aux précieux Cahiers de la Petite Dame, Maria van Rysselberghe, témoignage intime sur Gide, empli de renseignements aussi primordiaux que : café ou Nescafé pour Gide après le repas…

Mais on y trouve aussi des opinions inédites de Gide lecteur de Martin du Gard : « Il dit tout et la part du lecteur est nul » ou encore les paroles de Gide à Martin du Gard dans l’intimité : « Vous avez peur de vous, peur de vous laisser aller… ».
Gide et quelques autres reprochent principalement à Martin du Gard le manque de liberté des personnages qui sont, tels ceux qu’on trouve dans les anciens jeux vidéo, sur un chemin dont ils ne peuvent pas s’échapper, tant au niveau de leur caractère que dans leur vie. Roger Martin du Gard a semble-t-il trop sacrifié au vraisemblable.

Est-ce donc si mauvais Les Thibault ? Pour se faire une idée, on l’a lu.
Sans revenir sur les détails de l’histoire, on peut d’emblée dire que le roman est trop long et ce pour deux raisons essentiellement présentes dans la seconde partie du cycle : une logorrhée idéologique gauchisante et un souci méticuleux du détail historique, le tout sur fond d’éclatement de la Grande Guerre.
Il y a pourtant quelques qualités dans Les Thibault, notamment sur le plan narratif où Roger Martin du Gard fait preuve d’une certaine inventivité en alternant les points de vue et les modes de récit. Très à l’aise dans les dialogues où il parvient à une grande intensité, ainsi que dans les mécanismes d’introspection, il bute en revanche nettement plus quand il s’agit de faire discuter plus de deux personnages, et s’en tire par des pirouettes doctrinales plutôt ennuyeuses.
Sur le fond, la question qui traverse Les Thibault est celle de la transmission toujours en échec, et de son symptôme principal : le non-dit.
Les exemples sont légion dans la famille Thibault que ce soit pour les valeurs matérielles, spirituelles et morales ; l’héritage est impossible.

Maria van Rysselberghe vient éclairer ce point : « …l’attitude de Martin devant la vie même, qu’il avoue petit à petit. Il considère toute l’existence, toutes les existences comme d’irrémédiables faillites, sans issues, rien ne trouve grâce devant son pessimisme, nulle valeur, nulle réussite, il est total, absolu, sans rémission. À son avis pour avoir une autre vision du monde, il faut être médiocre ou aveugle. »
C’est d’ailleurs deux « qualités » que se partagent les frères Thibaut quand ils croient l’un et l’autre passer à la postérité : pour le bourgeois dans le domaine de la médecine en faisant travailler ses collègues à sa place, pour le révolutionnaire quand il se persuade de modifier le cours de la guerre par une action suicidaire dont il ne restera rien.
Leur double échec signe bien l’irrémédiable faillite de la transmission et c’est la guerre qui viendra le leur rappeler. Ce n’est pas la naissance d’une troisième génération qui contredira le pessimisme de ces vies ratées puisqu’une fois encore le dévoiement de l’héritage est au rendez-vous : éternelle révolution ! 

GV

Images :  Gide et Martin du Gard à Pontigny en 1923 (source ici), couverture des Thibault (sources ici et ).

Sur ce roman, lire aussi l’article de Loulotte sur lalignedeforce.
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samedi 25 juin 2011

Paul Wenz, l’écrivain du bout du monde

En Australie, la littérature eut une naissance difficile. Sur ce continent découvert à la fin du XVIIIe siècle, l’administration anglaise ne se préoccupa d’abord que de bâtir des colonies pénitentiaires avant que le « golden rush » de 1851 n’en fasse une importante terre d’immigration. Lointaine, immense, désertique, ce n’était a priori pas la contrée la plus hospitalière pour un écrivain désireux de populariser son œuvre. Si son exotisme en faisait bien un idéal lieu d’aventure pour les auteurs européens (Les Enfants du capitaine Grant de Jules Verne par exemple), ses natifs ou ses immigrés se souciaient avant tout d’y faire fortune en partant à la conquête des infinis territoires qu’elle recélait. À la fin du XIXe siècle, l’émergence des deux grandes villes, Melbourne et Sydney, favorisa le développement de foyers culturels. Les premiers mouvements littéraires y apparurent bientôt, notamment sous l’impulsion d’une revue, The Bulletin, qui contribua par ailleurs à forger le nationalisme australien en exaltant le « bush », ces terres sauvages de l’intérieur où les colons partaient s’aventurer.
À cette même époque, un jeune Français d’origine rémoise, Paul Wenz (1869-1939), débarquait en Australie pour les besoins du commerce familial. Enchanté par le pays, bientôt marié à une fille de squatter*, il décida finalement de s’y installer à l’âge de 28 ans. Au cœur de la Nouvelle Galles du Sud, à Forbes, il bâtit sa propriété, vivant de l’élevage de moutons et du développement local de l’entreprise familiale de lainage. Deux ans plus tard, en 1900, ses premières nouvelles paraissaient dans L’Illustration, ayant principalement pour thème et lieu l’Australie.

Qui est Paul Wenz ? Né au sein d’une riche famille protestante de Reims, grand ami de Joseph Krug (héritier de la célèbre marque de champagne), il fut envoyé par ses parents à Paris afin d’effectuer sa scolarité à l’École alsacienne. C’est là qu’il eut pour camarades André Gide et Pierre Louÿs, ce premier évoquant d’ailleurs furtivement la figure du « grand Wenz » dans ses mémoires (Si le grain ne meurt, p. 81). Élève assez médiocre, Paul Wenz rêvait déjà de partir et ne brillait apparemment qu’en composition. Dès 18 ans, il entreprit ses premiers voyages vers l’Amérique et l’Afrique avant de faire de l’Australie sa terre d’adoption. Bien qu’à la tête d’une propriété, son éducation devait finir par le porter vers l’écriture et, les circonstances l’ayant placé sur des terres largement inconnues du public français, il eut la bonne idée d’exploiter cette opportunité. Son premier recueil ne cache d’ailleurs pas l’orientation décidée puisqu’il s’intitule À l’autre bout du monde (1905, publié sous le pseudonyme de Paul Warrengo).
Peu après ce coup d’essai, Paul Wenz publia son premier livre en anglais, Diary of a New Chum (Melbourne, 1908), sorte de bréviaire pour ce qu’on appelait les « new chums », ces gens nés hors de l’Australie qui venaient s’y installer pour travailler dans les stations et grandes propriétés. Lui-même « new chum », Wenz y décrit en quelques courtes scènes les péripéties habituelles rencontrées par cette catégorie d’immigrés. Dans ce récit sans grand relief, une intrigue des plus fantomatiques est reléguée derrière les descriptions du quotidien du « new chum ». Du fait de son caractère pointu, l’ouvrage eut une publication plutôt confidentielle et exclusivement locale.

La carrière de Paul Wenz prit un important tournant au cours des premières années du XXe siècle. Ayant rencontré Jack London de passage à Sydney, il se lia d’amitié avec celui-ci et entreprit la traduction de son livre Love of Life. En 1909, au cours d’un voyage en France, il reprit contact avec son ancien camarade André Gide qui venait tout juste de lancer la Nouvelle Revue Française et commençait à se faire connaître. Wenz qui achevait la rédaction d’un nouveau recueil de « contes australiens », Sous la Croix du Sud (Plon, 1910), en profita pour lui en soumettre les épreuves avec l’espoir que l’entregent de son illustre ami puisse lui donner une plus large visibilité en France. De fait, Gide fut enthousiasmé par Le Charretier, nouvelle qu’il fit aussitôt publier dans la Nouvelle Revue Française. Sans être à notre avis extraordinaire, il est vrai que cette nouvelle et quelques autres du recueil montrent de belles qualités, promenant le lecteur à travers l’Australie du bush et jusqu’à l’île d'Upolu où repose Stevenson.

Comme le premier recueil publié en 1905, ce second livre en français eut un certain succès et fut réédité dès l’année suivante. Encouragé par ce bon début, Paul Wenz entreprit alors l’écriture d’une œuvre plus ambitieuse, confiant à Gide dans une lettre du 16 novembre 1912 qu’il s’agirait peut-être d’un roman, même s’il craignait que son français « ne sente terriblement l’eucalyptus ou la menthe ». Ce fut bien un roman, L’Homme du soleil couchant, mais la Première Guerre Mondiale en repoussa la parution à 1923. Resté en France durant toute la durée du conflit, Paul Wenz collabora à la Croix Rouge avant d’être envoyé à Londres comme officier de liaison. C’est là que sa relation avec Gide atteint probablement son apogée puisque ce dernier, précisément en train de découvrir la langue anglaise, était curieux de tout ce qui avait trait à la vie littéraire locale et multipliait les contacts sur place (on sait qu’il fit un voyage en Angleterre en 1918 avec Marc Allégret). Par l’entremise de Gide, Wenz rencontra ainsi Joseph Conrad, Arnold Bennett et John Galsworthy.

Dès 1919, ce fut le retour en Australie, tandis qu’en France paraissaient Au pays de leurs pères, écrit durant la guerre, et, peu après, L’Homme du soleil couchant. Ce dernier livre, adoptant une trame semblable à celle de Diary of a New Chum, montre un jeune Anglais que l’amour a poussé à la poursuite d’une femme en Australie. Là, désespérant de la conquérir, il entame une improbable carrière de « new chum », alternant les petits « jobs » avant de se lancer à la recherche de l’or. À parler franchement, c’est un roman plutôt médiocre et languissant qui n’a pour seule valeur que l’atmosphère qu’il parvient à rendre. En effet, comme dans ses nouvelles, Wenz exploite les particularismes et mœurs de l’Australie avec un certain talent : solitude des espaces, menaces de la nature (feux, serpents, sécheresse…) et folies humaines en sont les composantes. La fièvre de l’or, par exemple, est fort bien restituée :
« Le reste de la soirée se passa à raconter des histoires de découvertes d’or : chacun avait la sienne à dire. On cita les hasards étranges qui montrèrent de l’or dans un trou de lapin ; dans les incisives d’un mouton qui avait brouté là où plus tard il y eut un champ d’or. On rappela l’or qu’on avait trouvé dans une rue de Ballarat, dans une brique d’une maison de Bendigo. Chacun s’en fut coucher, la tête tournée par tous ces récits de fortunes faites en se baissant. »

Isolé à l’autre bout du monde, Wenz ne tarda pas à perdre contact avec son puissant allié de la NRF. Il faut dire que de son côté, André Gide ne se faisait plus beaucoup d’illusions sur les qualités littéraires de son ami qui continuait inlassablement à lui envoyer ses manuscrits. Sans jamais rompre avec lui, Gide exprima ses doutes et tenta de le conseiller avant d’espacer plus longuement ses réponses. D’après Michaël Tilby, auteur d’un article assez cruel dans Le Bulletin des Amis d’André Gide (n°129, janvier 2001), il ne savait comment se débarrasser de cet encombrant ami dont Rivière et Gallimard avaient condamné les œuvres sans appel. Abandonné par eux, Wenz fut dès lors moins productif pendant plusieurs années, avant de publier en 1929 Le Jardin des Coraux et surtout L’Écharde en 1931. S’il y a bien un roman de Wenz à lire, c’est peut-être celui-ci, son dernier : pour une fois, l’intrigue est bien construite, l’écriture est agréable et le charme des descriptions du bush australien toujours là. Racontant l’arrivée d’une « house-keeper » belle et ambitieuse au sein d’une ferme tenue par trois célibataires, ce roman décrit l’évolution d’une jalousie qui, comme une écharde, poursuivra toute sa vie le héros qui en est victime. Si l’on peut déplorer tout au plus quelques précipitations dans le déroulement du récit, il y a là un beau roman.
Ce devait être son chant du cygne. Après un dernier voyage en France en 1938-1939, Paul Wenz rentra à Forbes où il mourut d’une fièvre subite le 23 août 1939, à l’âge de soixante-dix ans.

La question s’est posée de savoir si Paul Wenz doit être considéré comme un écrivain français ou australien. Contrairement à d’autres cas célèbres, aucun des deux pays concernés n’a jamais vraiment cherché à se disputer sa nationalité. Il est par ailleurs faux de dire, comme on peut hélas le lire sur Internet, qu’il est un « classique » en Australie. Toutes les librairies que nous avons pu visiter à Melbourne ou à Sydney sont vides de la moindre œuvre de Paul Wenz. La colossale Histoire de la littérature australienne que nous avons consultée se paie le luxe de ne pas même mentionner cet auteur. Rien toutefois de très étonnant lorsque l’on sait que Wenz écrivit toute son œuvre, sauf un livre et quelques nouvelles, en langue française et à destination du public français.
S’il reste assurément un écrivain amateur par le ton convenu de ses récits et l’écriture trop classiquement appliquée qu’il y emploie, ses livres n’en restent pas moins fort instructifs sur toute une époque de l’Australie. La vie du bush, ses métiers (les « boundary riders », « swaggies » et tondeurs des stations), les Noëls fêtés par 35°c, la ruée vers l’or, la sécheresse et les feux, tout ce folklore inconnu pour les lecteurs français est retracé dans son œuvre. Unique écrivain français en son domaine, il apparaît donc comme un lecture nécessaire sinon indispensable pour tout Français curieux de littérature qui passe en Australie.

Mais laissons à André Gide le soin de conclure par ce beau portrait qu’il fit de Paul Wenz :
« Je contemple avec admiration ce colosse superbe, sous qui tous les fauteuils semblent plier. Son visage puissant exprime une énergie calme et douce ; il est beau tout entier. (…) Il parle de Java, de Pékin, des silences profonds dans les forêts de Nouvelle-Zélande ; et, dans l’île du Pacifique, de la tombe de Stevenson. Il parle de sa ferme aux pacages immenses où des eucalyptus géants se dressent, isolés, arbres abandonnés, en ruines, dont l’intérieur pourri forme cheminée jusqu’au ciel ; pour fêter l’arrivée d’un ami on en sacrifie quelques-uns qu’on allume ; il parle de la sauvage étrangeté, dans la nuit vaste, de ces torches immenses. Il m’invite à l’aller retrouver là-bas. »

Lucien JUDE

NB : En France, les éditions de La Petite Maison ont réédité la plupart de ses livres à la fin des années 1980. Il y a peu, L’Écharde a reparu aux éditions Zulma (2010). En Australie, un petit club d’érudits franco-australiens entretient la mémoire de Paul Wenz, tout récemment encore en cherchant à sauver sa bibliothèque à Forbes.

* à l'origine occupants sans titre d'une terre de la couronne devenus peu à peu l'équivalent d'une sorte d'aristocratie terrienne (source P.W. dans L'Homme du soleil couchant).

Images : portrait de Paul Wenz par son frère en 1905 (source ici), Paul Wenz (à droite) et son "partner" Dobson fêtant l'achèvement de la maison de Nanima à Forbes, en 1898, avec une caisse de champagne Krug (source ici), photographie de Paul Wenz et Jack London à Sydney vers 1906 (source ici), couverture de la NRF en mars 1911 mentionnant une note à propos de Sous la croix du Sud de Wenz (source ici), portrait de Paul Wenz par Paul Laurens (source ici), couverture de L'Écharde, réédité chez Zulma en 2010 (source ici), photo de Wenz sous un gumtree de Nanima (source ici).
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samedi 20 novembre 2010

Le procès de Paul Bourget

Pour le confort de lecture et afin d'éviter les répétitions, nous avons remplacé à quelques reprises le nom de Bourget par les diverses appellations imagées qu'utilise Bloy. Elles seront signalées par un astérisque.

Pourquoi et comment déteste-t-on Paul Bourget (1852-1935) ? C'est une question qu'on se pose un jour ou l'autre quand on s'intéresse à la littérature. Depuis Léon Bloy qui l'éreinte méchamment dans son Belluaire et porcher (1905) en le traitant d'eunuque, jusqu'à Céline qui, monologuant en 1957, s'attaque à son style, on ne compte plus les remarques assassines de la part des écrivains. Auteur presque oublié (si ce n'est cette extraordinairement longue notice wikipédia), et plus lu (malgré la réédition du Disciple cette année), Bourget fut pourtant à son époque prolifique et reconnu. 
Ainsi en 1915, André Gide vient lui rendre visite ; c'est la rencontre de deux grands, l'un a 63 ans (académicien depuis 20 ans), l'autre 46. Voici en quels termes Gide la relate dans son Journal :
« - Pour entrer ici, Monsieur Gide, m'a-t-il dit d'abord, vous n'aurez pas besoin de passer par la porte étroite.
Cela ne voulait proprement rien dire, mais marquait de la cordialité. Et, peu de temps après, il a trouvé moyen de faire allusion à mon Immoraliste ; […]
- Maintenant que nous voici seuls, apprenez-moi, Monsieur Gide, si votre immoraliste est ou n'est pas un pédéraste?
Et comme je reste un peu interloqué, il insiste :
- Je veux dire : un pédéraste pratiquant ?
- C'est sans doute plutôt un homosexuel qui s'ignore, répondis-je, comme si je n'en savais guère trop rien moi-même ; et j'ajoutais : je crois qu'ils sont nombreux.
Je pensais d'abord qu'il voulait ainsi me montrer qu'il avait lu mon livre, mais il tenait surtout à m'exposer ses théories :
- Il y a, commença-t-il, deux catégories de perversions : celle qui ressortissent du sadisme, et celles qui se rattachent au masochisme. Le sadique et le masochiste pour atteindre la volupté, ont recours l'un et l'autre à la cruauté ; mais l'un, etc. tandis que l'autre, etc.
- Rangez-vous les homosexuels dans l'un des deux genres ? demandais-je pour dire quelque chose.
- Nécessairement, reprit-il, car, ainsi que le fait observer Régis…[...] »
Cette anecdote montre à quel point les penchants de Bourget allaient vers les thèses plus que vers les romans. Or, le roman psychologique l'éloigne de la littérature et lui fait charrier, selon l'expression de Bloy: « les glaçons d'un pédantisme universitaire que la naïveté romantique de certains poètes avait cru défunt ». On imagine facilement le peu d'estime qu'il portait aux écrits de Gide (ce dernier traitera, en 1930, les lecteurs du fendeur de poils* de « bancs de sardines et de maquereaux « ), assenant sans cesse que les écrivains ont une responsabilité morale envers leurs lecteurs. 
À ce propos, Paul Bourget écrit dans la célèbre préface du Disciple, s'adressant au « jeune homme » : « tu vas, cherchant dans nos volumes, à nous tes aînés, des réponses aux questions qui te tourmentent. Et des réponses ainsi rencontrées dans ces volumes, dépend un peu ta vie morale, un peu de ton âme. Et ta vie morale, c'est la vie morale de la France même : ton âme, c'est son âme (…) Pensant à cela, il n'est pas d'honnête homme de lettres, si chétif soit-il qui ne doive trembler de responsabilité. » (sic !)

C'est sans doute parce que l'icoglan* a trop tremblé qu'il est devenu le repoussoir de la littérature et en particulier des hommes de lettres. Car, c'est bien dans cette quête de moralité qu'étouffe le roman bourgetien. Sans cesse, il tente de « démontrer des thèses amies de la morale et de la raison » comme le dit Kléber Haedens dans son Histoire de la littérature française, ajoutant de manière piquante : « Paul Bourget a longtemps servi de psychologue aux bourgeoises vertueuses et aux femmes du monde à mi-chemin entre le confessionnal et l'adultère. Ses romans solides et respectables (…) sont écrits dans une langue terne, privée de tout pouvoir et de toute beauté. » 
Ernst Jünger dira quant à lui que : « le fruit de l'humanité authentique est à peine touché à travers l'écorce du conventionnel ». Décidément…

Et si le Psychologue* donne autant d'importance aux idées et à la morale dans ces écrits, c'est souvent au détriment du style. Céline confie, en 1957, d'un ton las : « On continuera toujours à publier du Bourget, de l'Anatole France, de la phrase bien filée, etc. À rien du tout, elle continuera toujours à publier du Bourget de l'Anatole France », mais surtout : « les Français sont soudés. Ils sont soudés au style Voltaire, qui était une jolie forme d'ailleurs, qui fut copié par Bourget, par Anatole France, et puis finalement par tout le monde. »
D'ailleurs, Bloy déjà dans le ton de la critique contemporaine déplore : « l'absence infinie de style et de caractère » du Psychologue d'entre les castrats*, mais aussi, comme nous l'avions déjà signalé : « des écrits qui ressemblent à une diarrhée de colle de poisson ». 
À propos du style de ces deux écrivains, Jünger raconte une histoire qui circulait dans les salons parisiens durant l'Occupation. Et, l'on remarquera que la cible à cette époque a changé… question de morale sûrement : 
« Sur Bloy, des Closais a raconté une anecdote que je note bien que je la tienne sans conteste pour inventée, car elle donne une idée de la haine abyssale et non sans fondement qu'éprouvent les hommes de lettres pour cet écrivain.
Selon son habitude, à Paul Bourget aussi il avait demandé de l'argent, mais en vain ; puis il l'avait malmené publiquement. Quelque temps après, Bourget reçut une nouvelle lettre de Bloy, le priant de lui prêter immédiatement cinq cents francs, car son père venait de mourir. Bourget met la somme dans sa poche et se rend lui-même à Montmartre où Bloy habitait dans un des hôtels borgnes de l'endroit. Derrière la porte d'une chambre à laquelle le mène le concierge, on entend de la musique ; lorsque Bourget frappe, Bloy vient ouvrir, complètement dévêtu, on voit dans la chambre des femmes nues et, sur la table de la charcuterie et du vin. Bloy cynique, invite Bourget à entrer, et celui-ci accepte l'invitation. Il pose d'abord l'argent sur la cheminée ; puis regardant autour de lui : 
- Monsieur Bloy, vous m'avez pourtant écrit que votre père était mort ?
- Vous êtes donc prêteur sur gages ? réplique Bloy et il ouvre la porte d'une chambre voisine, où le cadavre du père est étendu sur le lit. »
Bloy en pleine bacchanale juste après la mort de son père, qui gît dans la pièce voisine, visité par le vertueux Bourget, voilà qui prête à sourire, autant que ce dialogue très court chez Barbey D'Aurevilly, où encore une fois Bourget fait figure de dupe:
« Bourget : enfin, Bloy, vous me détestez donc bien ?
Bloy : non mon ami, je vous méprise. »
Et il n'est pas le seul. En 1914 Paul Valéry écrit à Gide, parlant du Démon de midi : « Et malgré tout le mépris possible pour le misérable auteur, l'impureté, le bric-à-brac intellectuel, où le médical, le théologique, le balzacoïde s'ensaladent, malgré l'ignominie toujours présente toutefois cela est son meilleur livre. Celui donc où il paraît dans toute sa naïveté. »
Mais après tout, l'évangéliste du Rien* fut aussi le fruit d'une époque. Barbey dans sa mauvaise préface à la réédition d'Une vieille maitresse ne fut il pas obligé de se justifier, après son retour au catholicisme, de ne faire en aucun cas l'apologie d'une passion coupable, supprimant dans la foulée « un détail libertin de trois lignes » de son roman ? Les romanciers catholiques de la fin du XIXe siècle furent englués dans les questions de morale et la peur de la décadence. L'écrasante responsabilité qu'ils se sentaient vis-à-vis de leurs lecteurs a guidé leurs choix esthétiques et ce ne fut certes pas toujours pour le meilleur.

GV

Images : photographie de Paul Bourget (source ici), couverture du Disciple, réédité en 2010 (source ici), illustrations d'époque des livres de Paul Bourget (source ici), récente étude de Marie-Ange Fougère et Daniel Sangsue qui pose une grave question : Avez-vous lu Paul Bourget ? (source ici).
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