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mercredi 27 janvier 2010

Pin-up du mois : Louise de Prusse

Morte il y a deux siècles à l’âge de 34 ans, Louise de Mecklembourg-Strelitz (1776-1810) fut l’une des plus grandes beautés de son temps et le symbole du nationalisme prussien. Belle et pangermaniste, voilà qui est intriguant…
Mariée en 1793 au prince héritier de Prusse Frédéric-Guillaume (futur numéro III), Louise fit, dit-on, un mariage d’amour avec celui qu’il faut pourtant bien désigner comme l’homme le plus mou de son temps à égalité avec le duc d’Angoulême. Elle n’eut en tout cas pas les mêmes regrets que la duchesse d’Angoulême puisqu’elle donna naissance à dix enfants en dix-huit ans de mariage, ce qui est un beau chiffre. Hélas, nous n’en dirons pas autant de ces innombrables rejetons, l’un d’eux devant devenir cette vieille fripouille de Guillaume Ier, celui-là même qui se fit empereur d’Allemagne dans le palais de Versailles pendant que le peuple parisien mourrait de faim dans la capitale assiégée… Mais revenons à nos moutons. 
Louise devint reine de Prusse en 1797 et elle comprit assez vite qu’elle serait plus qu’une "première dame" (expression ô combien ridicule que nous n’employons ici que pour mieux la flétrir). Il faut dire qu’à défaut d’être aussi énergique que son épouse, le roi de Prusse avait au moins l’avantage d’être pacifique, notamment à l’égard de la France révolutionnaire. Cependant, les nouvelles ambitions de Napoléon Bonaparte allaient fatalement se heurter aux intérêts du royaume de Prusse et donner à Louise l’occasion d’affirmer son bellicisme.

C’est ainsi qu’en 1806, elle soutint ostensiblement le parti de la guerre contre la France tandis que son mari hésitait encore. Cette idée baroque (Napoléon venait de ridiculiser Russes et Autrichiens à Austerlitz) entraîna la chute de la Prusse en un temps record (Iéna, Auerstaedt, douces plaines) et la fuite des époux royaux à Memel, en actuelle Lituanie. C’est lors de l’entrevue franco-russe de Tilsit, en juillet 1807, que le destin de la Prusse humiliée se joua. Le Tzar Alexandre Ier de Russie, bien qu’amoureux de Louise, ne fit rien d’exceptionnel en faveur des Prussiens. C’est la reine Louise elle même qui tenta d’adoucir les conditions de paix en obtenant un tête à tête avec Napoléon dont elle se persuadait in petto qu’elle parviendrait à le séduire. Las, ce falot de Frédéric-Guillaume III, jaloux de savoir son vainqueur seule avec son épouse, interrompit les négociations en pénétrant dans la pièce où ils s'entretenaient ! Plus tard, lors du dîner, notre galant empereur offrit une rose à la reine qui, toujours aussi habile, lui dit avec son plus beau sourire : « J’accepte cette rose en échange de Magdebourg ». Inutile de dire que Napoléon ne lui fit pas ce cadeau car, en plus d’être galant, il était malin.

La fin de vie de la reine Louise consacra son prétendu martyre. Elle suivit son époux dans l’exil et tous deux ne rentrèrent à Berlin qu’en 1809, lorsque Napoléon le leur permit généreusement. Cependant, déjà affaiblie par ses voyages, la belle reine mourut brusquement le 19 juillet 1810. Son jeune âge, sa résistance à l’envahisseur français et l’énergie qu’elle avait déployée lors de cette mémorable débâcle prussienne firent sa légende et son culte pour longtemps, y compris sous le IIIe Reich. On peut ajouter à cela sa grande vertu car la reine Louise fut, paraît-il, un modèle d’épouse. Mais la fidélité qu’elle montra au roi de Prusse ne doit pas pour autant occulter l’amour supposé platonique qu’elle eut pour le Tzar Alexandre Ier. Lorsqu’en 1806, les armées françaises occupèrent le château de Charlottenburg à Berlin, on y découvrit leur correspondance et, l’empereur étant un incorrigible ragoteur, on en publia les bonnes feuilles dans Le Moniteur. Ces lettres, sans être croustillantes, n’en étaient pas moins suspectes et offensantes pour le malheureux roi de Prusse… Loin des sempiternels tableaux de sainte martyr qu’on a voulu peindre, au moins faut-il reconnaître que ces lettres dévoilèrent une autre Louise de Prusse, celle dont le célèbre capitaine Coignet écrivit : "j'aurais donné une de mes deux oreilles pour rester avec elle aussi longtemps que l'empereur".

KLÉBER


Images : portrait de Louise de Prusse par Josef Maria Grassi, en 1802 (source ici), Napoléon Ier et Louise de Prusse lors de leur entrevue à Tilsit (source ici), portrait de la reine (source ici).
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