Affichage des articles dont le libellé est théâtre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est théâtre. Afficher tous les articles

mercredi 28 avril 2010

Autour de "The Tempest"

Samedi soir, au théâtre Marigny, se jouait la cinquième et dernière représentation de The Tempest, pièce de William Shakespeare mise en scène par Sam Mendes, plus connu comme réalisateur, notamment avec Noces rebelles ou American Beauty. Celui-ci a lancé en 2007 « The Bridge Project », collaboration entre des théâtres anglais et américains pour la représentation d’œuvres classiques dans plusieurs pays. La troupe qu’il dirige était donc à Paris pour quinze jours afin de présenter The Tempest, précédé la première semaine de As you like it du même Shakespeare.
Disons d’emblée que le prix des places était spécialement prohibitif. En dépit de sa dimension « internationale », le « Bridge Project » ne prétend pas à l’internationalisme. Le public l’avait du reste fort bien compris, mondain et parfumé, tout comme les ouvreuses prêtes à d’odieuses bassesses pour extorquer un pourboire au plus désargenté des spectateurs. M. Pierre Lescure, directeur du théâtre Marigny, assistait en personne à cette « dernière », bien installé au centre du parterre non loin de l’actrice Marie Gillain et de l’acteur américain Ethan Hawke, les autres stars de cette soirée.
Commencée en retard, comme il se doit, la pièce en version originale était à tout hasard surtitrée en français. À tout hasard, en effet, car relever la tête pour lire péniblement la traduction garantissait au spectateur un immédiat torticolis, sans compter qu’une pareille posture n’était pas du meilleur effet pour beaucoup de ces esthètes venus « écouter du Shakespeare ». Il s’agissait bien d’écouter d’ailleurs, car pour ce qui était de voir, les tignasses ébouriffées du rang précédent étaient naturellement là pour vous en empêcher…

Nonobstant ces désagréments et la sainte indignation qu’ils suscitèrent, la pièce fut plutôt réussie. Nous oublierons volontiers le peu d’inventivité des costumes et décors pour retenir le très bon jeu des acteurs, particulièrement Ron Cephas Jones dans le rôle de Caliban et Edward Bennett dans celui de Ferdinand. De même, emmenés par deux violonistes installés de part et d’autre de la scène, les passages musicaux venaient parfaitement rythmer la pièce, avec cette spécificité qu’ils parvenaient à réveiller par leur entrain quelques douairières assoupies sous les effluves de leurs propres parfums. Car si le public écoutait religieusement et paraissait se pâmer à l’unisson, nous n’hésiterons pas à révéler que nombre de spectateurs, dont nous fûmes hélas, souffrirent le martyre dans l’air asphyxiant de la salle. Le supplice fut d’autant plus long qu’il n’y eut aucun entracte (2h15). Cette absence trahissait justement l’abandon délibéré de la mise en scène traditionnelle au théâtre, ce qui ne constituait pas l’un des aspects les moins frappants de cette représentation : entrée de Prospero sur scène au milieu du brouhaha de la salle et les lumières allumées, aucun changement de décor pendant toute la pièce, pas plus d’obscurcissement de la scène, nul rideau pour finir. Ce parti pris qui ne fera probablement pas sourciller un habitué des théâtres, ne fit en tout cas aucune ombre au succès de The Tempest puisque la pièce se ponctua opportunément sur un tonnerre. D’applaudissements.

Lucien JUDE

NB : Le lecteur voudra bien nous excuser d’avoir si peu parlé de théâtre et tant disserté sur l’événement, mais il nous accordera que la scène n’était pas uniquement là où elle aurait dû être.

Images : affiche de "The Bridge Project" (source ici), Stephano, Trinculo et Caliban (source ici).
Lire La Suite... RésuméBlogger

vendredi 12 février 2010

Bernanos sur scène

Dans la petite salle du théâtre des Mathurins, à Paris, on peut assister pour quelques semaines encore à une représentation assez rare. Il s’agit de l’adaptation pour la scène du célèbre roman de Georges Bernanos (1888-1948), Journal d’un curé de campagne, paru en 1936. Adapter Bernanos au théâtre ne paraît pas a priori la chose la plus aisée à faire, d’abord en raison de la rigueur de son style, ensuite à cause du vieillissement de son œuvre. L’auteur de cette adaptation, Maxime d’Aboville, n’a toutefois pas eu ces scrupules et c’est lui qui, unique interprète, déroule ce journal pendant plus d’une heure de représentation.
Dans un décor recréant la sobriété (présumée) d’une chambre de curé, seul le jeu de lumière d’une chandelle guide son texte et vient rythmer la pièce. Contrairement à d’autres romans de Bernanos (Sous le soleil de Satan, Un crime), l’histoire du Journal d’un curé de campagne n’a rien de sensationnel au sens romanesque du mot. On assiste à la vie monotone d’un jeune curé plein de zèle expédié au milieu de paroissiens méfiants, à ses tourments spirituels et aux progrès de sa maladie. Par bien des côtés, ce récit fait d’ailleurs songer à La confession du pasteur Burg dont nous avions déjà eu l’occasion de parler. Comme dans le livre de Chessex, c’est la langue qui fait l’un des attraits principaux de cette œuvre et il faut reconnaître que Maxime d’Aboville parvient très justement à la transmettre, avec même un léger accent d’époque dans ses intonations ! Mais au-delà de la performance qu’exige une pareille interprétation et du très grand talent dont fait preuve son auteur, saluons donc l’idée de cette adaptation qui, à nos yeux, est le principal défi que relève brillamment la pièce.

Lucien JUDE

Journal d'un curé de campagne, théâtre des Mathurins, 36 rue des Mathurins, Paris 8e. Du mardi au samedi à 21h. Prix : 28 euros, 14 euros pour les étudiants.

Image : affiche de la pièce (source ici).
Lire La Suite... RésuméBlogger

dimanche 13 décembre 2009

Les écrivains aux talons rouges

« Le bain de sang que le peuple de Paris vient de prendre était peut-être d’une horrible nécessité pour calmer certaines de ses fièvres. Vous le verrez maintenant grandir en sagesse et en splendeur ». Quel aimable réactionnaire a pu écrire pareille chose sur le compte de la Commune de Paris (1871) ? Réponse : Émile Zola !

C’est que la légende noire de la Commune ne laissa jamais d’inquiéter, y compris à gauche : le massacre des otages, l’incendie de Paris, les exécutions sommaires et toutes les rumeurs propagées sur le compte des pétroleuses et autres « communeux » ont contribué à façonner l’image peu reluisante de cette révolution. À côté de quoi certains feraient presque passer le carnage orchestré par Thiers et le général Gallifet pour une habile opération de maintien de l’ordre.
La pièce de théâtre Écrits contre la Commune qui se joue jusqu’au 16 décembre au théâtre de l’Épée de Bois (Cartoucherie de Vincennes) est là pour nous rappeler quelles furent les réactions épouvantées et haineuses de la plupart des littérateurs de l’époque face à la première véritable révolution prolétarienne. Une éruption littéraire !
Les acteurs, au nombre de trois, étrangement habillés en fédérés et grimés en clowns pour le cas où l’on ne comprendrait pas qu’ils cherchent à caricaturer les glorieux propos qu’ils déballent, échangent entre eux les citations en les ponctuant du nom de leurs auteurs. On assiste à un défilé de célébrités : Feydeau, Gautier, Goncourt, George Sand, etc. Si la liste compte majoritairement de notoires réactionnaires  (Taine, Renan, Daudet, Leconte de Lisle), il y a des surprises de taille comme Émile Zola ou encore Anatole France, le futur dreyfusard, qui trouve lui aussi quelques mots bien sentis pour exprimer son soulagement : « Enfin, le gouvernement du crime et de la démence pourrit à l’heure qu’il est dans les champs d’exécution ! ».

Mais qui détient la palme ? Bien qu’il n’ait jamais fait mystère de ses penchants bourgeois et réactionnaires, Flaubert s’illustre de belle manière : « Je trouve qu’on aurait dû condamner aux galères toute la Commune et forcer ces sanglants imbéciles à déblayer les ruines de Paris, la chaîne au cou, en simples forçats ». Son ami Maxime du Camp n’est pas en reste dans ce grand concours de saloperies, mais notre heureux gagnant est incontestablement Alexandre Dumas fils qui, outre un extraordinaire pamphlet contre le peintre Courbet, fait preuve d’une classe internationale lorsqu’il écrit à propos des Communardes : « Nous ne dirons rien de leurs femelles par respect pour les femmes, à qui elles ressemblent quand elles sont mortes ».
Cette pièce originale est tirée d’un livre de Paul Lidsky, Les écrivains contre la Commune, et, bien que ses auteurs s’en défendent, se montre résolument accusatrice ainsi que le soulignent à l’envi les grimaces des acteurs. C’est peut-être là son seul défaut puisqu’il n’est nul besoin de ces grimaces pour qui entend de si ordurières invectives… Reste que les acteurs sont bons, la mise en scène sobre et efficace (un piano rythme parfaitement l’égrainage des citations) et la convivialité excellente ! Assis autour de tables, les spectateurs dînent avant ou pendant la pièce à la fin de laquelle les acteurs viennent se joindre à eux pour partager leurs impressions. Pour l’originalité du spectacle comme pour les personnalités insoupçonnées des écrivains qu’il révèle, on ne peut donc que recommander d’aller voir cet accablant concert littéraire.

KLÉBER

Écrits contre la Commune, au théâtre de l'Épée de Bois, à Vincennes, les trois dernières représentations lundi, mardi et mercredi à 21h (9 à 13 euros la place).
Les écrivains contre la Commune de Paul Lidsky, éditions La Découverte.

Images : Le Père Duchène en colère : "Ah !… Tas de genfoutres !" (source ici), Alexandre Dumas fils (source ici).
Lire La Suite... RésuméBlogger

mercredi 18 novembre 2009

Deux pièces

Dino Buzzati, célèbre auteur italien connu principalement pour Le Désert des Tartares, nous livre dans Le K, publié en 1966, une série de courtes nouvelles. Il y aborde, entre autres, les thèmes de la création littéraire, de la mort, du temps qui passe, évitant les poncifs, et ne se déparant jamais d’un humour discret, souvent proche de l’absurde. Sa mise en scène au théâtre du Petit Hébertot est habilement faite autour d’un K qui sert de décor, étant tour à tour, une table, un banc, un pont, un lit, un fauteuil...  Ces histoires sans prétention sont pleines de surprises, de retournements et de chutes inattendues, et ainsi ne cèdent jamais à la morale facile qu’on redoute tant dans les fables modernes. Grégori Baquet, seul en scène, livre une très bonne prestation, à la fois touchante et drôle ; son jeu, très juste, rend grâce à la finesse et à la fraîcheur de l’écriture de Buzzati, c’est à voir.

Après l’incendie, de Xavier Jaillard, nous transporte dans la Rome décadente de Néron, en 64. Saul, futur Saint Paul, est emprisonné, accusé d’avoir provoqué le désastre. Sénèque, précepteur de Néron et important conseiller, complote contre son ancien élève et va rencontrer Saul dans sa prison.
Sous ce prétexte historique, la pièce, au fil des rencontres, se veut le lieu d’un échange philosophique entre les deux grands penseurs. Ici commencent les difficultés, parce que de philosophie, on n’en trouve pas dans cette pièce ou alors de manière très scolaire. Ainsi, une obscure volonté didactique rend les échanges de deux protagonistes absolument indigestes. Le spectateur est accablé de définitions : catharsis, fatum... qui coupent l’élan d’un dialogue qui a déjà bien du mal à décoller. C’est une leçon de philosophie pour collégiens, saupoudrée d’intrigue historique. Les deux charismatiques acteurs Préjean et Jaillard, malgré quelques trébuchements, n'en restent pas moins remarquables. 
Une pièce un peu ennuyeuse donc, au texte souvent désarmant de banalité, et l’on regrette que l’auteur, Jaillard, ne soit pas resté uniquement l’immense comédien que l’on sait.

GV

Le K de Dino Buzzati avec Grégori Baquet dans une mise en scène de Xavier Jaillard et Après l’incendie de Xavier Jaillard avec Patrick Préjean et Xavier Jaillard dans une mise en scène de Xavier Lemaire, théâtre du Petit Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris.

Images : affiche du K (source ici) et de Après l'incendie (source ici).
Lire La Suite... RésuméBlogger

mercredi 7 octobre 2009

Notre erreur

Compte-rendu d’un fiasco
Vendredi soir dernier, appâté par d'élogieux compte-rendus parus dans la presse nationale, j'avais réussi à entraîner l'un de mes camarades jusqu'au théâtre de la Colline, où se donne encore pour quelques jours la pièce collective Notre Terreur mise en scène par M. Sylvain Creuzevault.
Après une sanglante mêlée dans le métro, dont le narrateur et les siens s'extrayèrent à grand peine, nous débouchâmes finalement devant le temple de nos désirs. Tel se présente le théâtre de la Colline, à la lueur des réverbères : une belle bâtisse composite verre et béton, sans décorations intérieures, qui donne un aspect résolument moderne et prolétarien à un lieu de culture fréquenté quasi-exclusivement par la petite-bourgeoisie intellectuelle, le tout enchâssé dans un ancien quartier populaire, non loin du Père Lachaise.

À l'entrée, de courageux jeunes gens distribuaient à titre gracieux des exemplaires d'un quelconque canard sur la vie culturelle parisienne, que nous ne lirons pas de toute manière. Une fois, le seuil passé, nous observâmes avec effroi que les guichets étaient tous fermés. Nous n'eûmes pas le temps de nous alarmer plus longtemps car les gardiens des lieux, tout de noir vêtus, (il est intéressant de constater cette résurgence du goût pour les uniformes fascistes qui touche quasiment tous les personnels des lieux culturels aujourd'hui… Où sont donc passées les belles livrées dorées, rehaussées de couleurs chatoyantes ?), nous poussèrent vers les étages.
Escaladant les marches quatre à quatre nous arrivâmes devant les portes. Une foule de bobos, en uniformes réglementaires (barbe de plusieurs jours, chemises au col ouvert et soigneusement froissée, jean diesel pour ces messieurs, robes et jupes assorties du cuir obligatoire pour ces dames) patientaient en bavardant d'autant plus gaiement, qu'ils avaient vue directe sur le purgatoire. Le purgatoire en question, n'était autre qu'un comptoir où les malheureux qui comme nous n'avaient pas pris le soin de réserver à l'avance, devaient s'inscrire sur une liste d'attente (20 élus par soir maximum) auprès des gardiens susmentionnés qui, prenant l'air important, expliquaient qu'il était nécessaire de s'y prendre longtemps à l'avance. Les escrocs ! Non contents de vendre les places à des prix qui feraient rougir de honte un bon sans-culotte et affichant sans vergogne la fatuité propre à leurs fonctions, tout indiquait en outre que ces vils laquais se payaient le luxe d'annoncer à tel ou tel de leurs amis – après un bruyant claquage de bise – qu'on se faisait fort de les faire entrer !
Ecoeurés par ce système de privilégiés, vos serviteurs zélés décidèrent de fuir manu militari un pareil spectacle pour aller se régaler d'un bon film de guerre hollywodien, à un prix nettement plus abordable.
Que demande le peuple ?

Bruno FORESTIER (en compagnie de Lucien JUDE)

Image : le théâtre de la Colline (source ici)
Lire La Suite... RésuméBlogger