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mercredi 3 novembre 2010

Expositions parisiennes : deux déceptions

Monet au Grand Palais, impressions de foules

La monstrueuse propagande en faveur de l’exposition Claude Monet au Grand Palais a eu raison de nous… Dimanche dernier, au soir, nous y étions. Las! même à cette heure tardive, des centaines de quidams se pressaient, victimes comme nous du matraquage médiatique ahurissant dont la France entière est accablée depuis le mois de septembre. Le résultat est là, grandiose ! Devant chaque tableau le même spectacle : un troupeau béatement agglutiné, l’audio-guide collé à l’oreille*, campant jusqu’à ce que le signal du départ soit donné. Il nous a fallu beaucoup de calme et de patience pour ne pas fuir à toutes jambes cet embouteillage délirant. Tout cela était d’autant plus rageant que les œuvres exposées, lorsqu’une miraculeuse trouée permettait de les apercevoir, valent mieux que le simple coup d’œil. Disposées chronologiquement puis par thématiques (répétitions, intériorité et décorations), celles-ci forment un rassemblement unique. Il y a en particulier ces représentations de l’église de Varengeville dans le soleil couchant, les mers de la côte normande ou de la côte méditerranéenne, sans parler des célèbres Femme à l’ombrelle qui toutes illustrent le génie de Claude Monet. Sans nul doute l’intérêt de cette exposition n’est donc pas usurpé, mais nous l’avons assez dit, sauf à disposer d’un droit de visite présidentiel, mieux vaut ne pas mettre les pieds au Grand Palais.

*GV évoquait récemment la déplorable mode des audio-guides qui sévit depuis quelques années déjà. Cet instrument n’est plus une option, c’est une obligation. Il fallait voir avec quelle insistance on nous a tendu les audio-guides et la stupéfaction devant notre refus poli. Nous étions bien rares à nous promener sans cet indispensable engin.

La Russie romantique, beaucoup de bruit pour rien

Dans une proportion bien plus modeste, l’exposition « La Russie romantique » qui se tient au Musée de la vie romantique a su attirer les chalands à force d’affiches dans toutes les stations de métro et abris bus de la capitale. Le thème avait beaucoup pour nous plaire, la belle bobine de l’écrivain Gogol acheva de nous convaincre. Au fond d’une ruelle privée de la rue Chaptal, le Musée de la vie romantique est idéalement établi dans l’ancien hôtel particulier du peintre Ary Scheffer. Là-bas au moins, très peu de monde, on peut visiter en toute tranquillité. Pourtant, quelle désillusion ! Les tableaux sont rares, deux seulement valent vraiment la peine dont ledit portrait de Gogol et La traversée du Dniepr par Nikolaï Gogol du peintre Anton Ivanov. Où sont-ils les « chefs-d’œuvre de la galerie Tretiakov » vantés sur les affiches ? Faut-il croire qu’il s’agit de ces peintures quelconques de la famille impériale ou de ces mornes paysages moscovites ? Malheureusement, le manque complet d’indications chronologiques, historiques ou simplement graphiques ne nous aidera pas à le savoir. Aussi ne faut-il pas s’étonner de découvrir un livre d’or plein de reproches et de regrets… La seule consolation pour le visiteur égaré dans cette exposition bien décevante tient dans la visite (gratuite) du musée lui-même qui étale sans prétention plusieurs toiles de Scheffer et évoque la mémoire de Renan, Psichari et George Sand.

Lucien JUDE

Images : affiche de l'exposition Monet (source ici) et affiche de l'exposition La Russie romantique (source ici).
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dimanche 24 octobre 2010

Rubens, Poussin et les peintres du XVIIe : histoires d’influences

Présentée depuis le 24 septembre dans le coquet et très classique hôtel d’Henry Parent qui abrite le Musée Jacquemart-André, l’exposition « Rubens, Poussin et les peintres du XVIIe siècle » offre un éclairage intéressant sur cette période artistique. Elle permet de circuler au milieu des riches échanges entre la peinture flamande et française, tout en offrant une vision assez claire du renversement des courants artistiques de cette époque, l’art flamand cédant au cours du siècle à l’art classique français.
L’exposition se présente comme un dépassement de la fameuse querelle du coloris de la fin du Grand Siècle, opposant le baroque (où prédomine la couleur) au classique (privilégiant le dessin), pour montrer comment les deux courants s’influencèrent réciproquement. Au cœur de cette dispute (bien malgré eux puisqu’elle se déchaîne après leur mort) les deux phares de l’exposition : Poussin et Rubens.
Cependant, pour admirer les maîtres et accéder aux salles, en ce dimanche d’octobre, il faut d’abord patienter (malgré la réservation) vingt bonnes minutes. L’omniprésence des audioguides (gratuits, tout comme le vestiaire) rend la visite un peu laborieuse. On n’a pas l’habitude de voir les visiteurs s’attarder aussi longtemps devant les tableaux, d’autant que les salles sont assez exiguës. Mais le parcours, agencé chronologiquement, est assez didactique et rapproche les deux courants. La disposition des tableaux (même si l’on regrette certains éclairages trop directs) et leur association sont très parlantes.

On peut de la sorte suivre l’évolution de la prépondérance de l’école flamande au début du XVIIe siècle, principalement avec Rubens, et, grâce à la confrontation d’œuvres, constater son influence sur les peintres français. C'est ainsi que Philippe de Champaigne est mis en regard de Jacques Fouquières, ou les Frères Le Nain comparés à David II Téniers. Puis, l’on assiste à l’affirmation progressive de l’art classique français représenté  notamment par de très belles peintures de La Hyre, Le Sueur, Patel l’Ancien, Le Brun, Le Lorrain  et, bien sûr, Poussin. La visite se conclut par les artistes flamands « convertis » au classicisme comme Flemal ou Lairesse, marquant ainsi l’inversion des influences.
Il est amusant de noter que le renversement des courants artistiques et la domination de l’art classique français à la fin du XVIIe mis en avant par l’exposition vont à l’encontre du dénouement de la querelle du coloris qui vit la victoire des rubénistes et dont le principal défenseur (Roger de Piles) fut reçu en 1699 à l’Académie royale de peinture et sculpture, au poste de conseiller honoraire.
En guise d'épilogue à ce plaisant voyage à travers la peinture du XVIIe, on peut prendre un café dans le ravissant salon de thé du musée sous un plafond de Tiepolo.

GV

Images : affiche de l'exposition (source ici), L'arrivée de saint Jean de Matha et de saint Félix de Valois à Paris par Theodoor van Thulden, vers 1632 (source ici).

Voir le site, très bien fait, de l’exposition : http://www.culturespaces-minisite.com/rubens-poussin/index.html
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dimanche 5 septembre 2010

Exposition Cabanel : portrait d'un peintre sans caractère

« Nous allons voir l’art pompier rejaillir soudain plus vivant, frais comme la rose », annonce en 1967 Salvador Dali, avec jubilation. La prophétie va effectivement se réaliser peu de temps après, puisque concomitamment à l’essoufflement de plus en plus manifeste de l’art contemporain et à son exil hors du berceau parisien, on assistera dès le début des années 80 à une vaste entreprise de réhabilitation de l’art pompier en France. Dernière étape de ce surprenant phénomène, l’intéressante exposition que consacre le Musée Fabre de Montpellier à Alexandre Cabanel (1823-1889), gloire du Salon sous le Second Empire, et quasi-peintre officiel de la cour.
Les organisateurs de l’exposition, sans doute encore embarrassés de quelques scrupules relatifs à l’art pompier, se gardent bien de proclamer ouvertement le génie de Cabanel (mais ce n’est sans doute qu’une question de temps), et insistent intelligemment sur l’intérêt historique de l’œuvre. La débauche de moyens consacrés, avec près de 280 pièces — ce qui est remarquable quand on sait que la plupart des oeuvres de Cabanel ont été largement dispersées à l'étranger —, une muséographie moderne et une décoration de style très second empire, permet une visite instructive et utile qui souligne le lien entre la carrière de Cabanel et ses choix artistiques (tant dans les sujets que dans la forme) et l'évolution de la société bourgeoise qui atteint alors son apogée en France.
En effet, alors que dans la seconde moitié du XIXe siècle les premières « Avant-gardes » artistiques (romantiques, naturalistes, impressionnistes…) remettent de plus en plus violemment en cause l’art académique et que les développements technologiques provoqués par la seconde révolution industrielle commencent à se faire sentir dans le domaine des arts (avec le développement de la photographie notamment, puis du cinéma un peu plus tard), Cabanel persistera sa vie durant à rester dans les bornes du « bel Idéal ».

Or, la peinture académique, dès le début du XIXe siècle, a déjà atteint ses limites au niveau plastique, et les références aux temps héroïques de l’antiquité gréco-romaine ou de la Révolution et de l’Empire ne sont plus de mise à l’époque où triomphe le doux commerce. Un célèbre contemporain de Cabanel n’écrit-il pas à l’époque où le jeune peintre commence à s’imposer : « Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d'ajouter: la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. Caussidière pour Danton, Louis Blanc pour Robespierre, la Montagne de 1848 à 1851 pour la Montagne de 1793 à 1795, le neveu pour l'oncle » (Marx, Le 18 brumaire de Louis Bonaparte). Alexandre Cabanel pour Louis David serait-on presque tenté d’ajouter.
Le parallèle entre les deux hommes est d’autant plus frappant que Cabanel — qui fit ses premières armes dans l’atelier d’un disciple de David, François Picot — présida des années durant l’institution que David avait plus qu’aucun autre contribué à faire fermer en 1793.
De même, le séjour de plusieurs années qu’il effectue à Rome en tant que lauréat du Grand prix  de 1845 laisse songeur. Affirmant se consacrer « à la peinture, [sa] seule maîtresse » — ce qui est tout à son honneur — il s'appliquera certes trois ans durant à imiter les grands maîtres de la Renaissance, tout en entretenant de médiocres intrigues galantes, mais n’entreprendra pas une seule fois de quitter la ville pour visiter l'Italie. De même, il reste totalement imperméable à l'agitation révolutionnaire qui fermente dans tout le pays.
Il faudra finalement l'occupation de la Villa Médicis en Mai 1849 par les troupes de Garibaldi qui luttent héroïquement contre le corps expéditionnaire envoyé par l'ignoble président Bonaparte pour rasseoir sur son trône l'infâme Pie IX,  pour contraindre le jeune homme à un court exil à Florence, en compagnie de toute la colonie franco-romaine.

Il est intéressant de remarquer que durant ses fiévreuses journées révolutionnaires, Cabanel s'inquiète lui de son Saint-Jean Baptiste, laissé sur place et duquel il escompte enfin obtenir l'approbation du Salon. Il est vrai que ses précédents envois ont passablement déconcerté le jury et les critiques.
En effet, les lauréats du prix de Rome doivent réaliser pour leurs premières années de pensionnat un certain nombre d'œuvres (« une figure peinte d'après nature et de grandeur naturelle ; plus un dessin très étudié d'après une peinture de grand maître de deux figures au moins ; plus un dessin d'après l'antique, soit statue ou bas relief ») qui expédiées à Paris, sont examinées par le jury du Salon. Or ses premiers envois ont été fort mal accueillis. Ainsi de son miltonien Ange Déchu (1847), assez réussi pourtant, mais dont le sujet par trop romantique est  considéré comme parfaitement déplacé pour un résidant de la cité papale !
C'est donc un Cabanel à l'ambition passablement échaudée qui s’en retourne dans Rome libérée en juillet 1849, pour aussitôt se plonger dans un labeur de plus d’un an et demi qui aboutira au monumental et très michel-angelesque tableau intitulé La mort de Moïse. Revenu à temps à Paris pour assister au second 18 brumaire, il reçoit la consécration du Salon en 1852.

C'est le début d'une carrière triomphale qui verra les commandes affluer, notamment pour des peintures murales effectuées à l'Hôtel de ville ou dans la chapelle du château de Vincennes. Si la peinture murale est le genre noble par excellence, bien plus lucratif est l’art du portrait, catégorie intimement associée à la civilisation bourgeoise, où d’ailleurs Cabanel obtiendra ses meilleurs résultats. Certes son portrait civil de Napoléon III, plaisamment surnommé « Madame est servie » n'est pas ce qu’il y a de plus admirable, mais la faute est manifestement imputable à la fadeur du modèle. En revanche, sa série de portraits des dames de la haute société, notamment les épouses ou filles des magnats yankees, détonne par le contraste qui surgit entre les poses hiératiques des modèles, engoncés dans leurs lourdes robes de bal, et l’intensité des visages.
La marche vers les poubelles de l’histoire de l’art de ce peintre talentueux mais sans caractère n’aurait cependant pas été si prompte s'il s'était sagement borné à rester le portraitiste officiel de la haute bourgeoisie et à accepter quelques commandes murales de bon goût ; mais notre homme, prisonnier des lubies de l'époque, persévéra dans la peinture d'histoire jusqu’à la fin de sa vie et l’imposa comme discipline à ses élèves. Malheureusement la peinture académique manquait de plus en plus cruellement de sujet possibles — qui voudrait peindre la dégoûtante campagne de brigandages mexicaine ? — ce qui contraignit les artistes à se rabattre sur les mêmes thèmes mythologiques ou bibliques en vogue depuis des siècles, sans évidemment parvenir au niveau des maîtres passés, remplaçant la passion religieuse ou amoureuse par la plate contemplation de la bigoterie ambiante jointe à un érotisme frelaté. Le Salon des Vénus de 1863, astucieusement reconstitué dans l’exposition, en est un bel exemple. Cette impasse était du reste perceptible dès le dernier quart du XIXe siècle,ainsi qu’en témoigna l’inexorable déclin du Salon après la chute de Napoléon III, ce qui n’empêcha pas Alexandre Cabanel d’y siéger en pleine gloire jusqu’en 1888, avant de mourir le 23 janvier 1889.

Bruno FORESTIER

Images : Portrait de l'artiste par lui-même (à 29 ans), 1852 ; La Nymphe Écho, 1874 ; L'Ange déchu, 1847 ; Portrait d'Olivia Peyton Murray Cutting, 1887 ; La naissance de Vénus, 1863 (sources ici ainsi que d'autres œuvres).
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mercredi 3 mars 2010

"Que d'eau ! Que d'eau !"

À ceux qui aiment les vues pittoresques, on conseillera un détour par la Galerie des bibliothèques de la ville de Paris où jusqu’à la fin du mois se tient l’exposition Paris inondé 1910. Comme l’on sait, il y a un siècle, en janvier 1910, la Seine sortait de son lit et submergeait une bonne partie de la capitale à la grande surprise des Parisiens émerveillés.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’exposition ne vaut pas tellement pour ses classiques photographies de Paris inondé mais plutôt pour les belles affiches d’époque ou certains clichés amusants : l’arrivée au Palais Bourbon d’une horde de députés en barque (rien ne les arrête, ces messieurs siègent par tous les temps), la visite présidentielle des quartiers sinistrés (toujours en barque), un homme portant sur son dos une vieille ganache d’académicien pressée de rejoindre la Coupole, etc. L’anarchie provoquée par l’inondation n’est pas sans intérêt non plus comme le montre une très belle affiche du syndicat des boulangers annonçant une nécessaire mise au point après les calomnies dont la profession a fait les frais, accusée d’augmenter ses prix sur le dos des sinistrés. Bref, malgré l’étrange pénombre dans laquelle on a cru habile de plonger les visiteurs, il y a beaucoup de choses à voir dans cette courte exposition, sans compter d’instructifs éclaircissements sur les dégâts, leur coût et les conséquences politiques ainsi qu’une floppée d’extraits des correspondance ou journaux d’Apollinaire, Proust, Jules Renard… Remarquons que ces derniers, en dépit de tous leurs talents, n’arrivent pas à la hauteur de la légendaire formule dont le président Mac Mahon gratifia Toulouse inondée (1875), citation qui en la matière reste inégalée à ce jour : « Que d’eau ! Que d’eau ! ».

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Paris inondé 1910, jusqu’au 28 mars à la Galerie des bibliothèques, du mardi au dimanche de 13h à 19h, 22 rue Malher, 75004 Paris. Tarif : 2 à 4 euros.

Images : un porteur rue Bonaparte et de courageux députés à l’abordage du Palais Bourbon (source ici, site sur lequel on peut voir un grand choix de photos de l'exposition).
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lundi 9 novembre 2009

Impressions sur Renoir

« Paris est bon enfant. Il accepte royalement tout ; il n'est pas difficile en fait de Vénus ; sa callipyge est hottentote » 
Victor Hugo.

Dimanche soir, nous sommes passés, L. Jude et moi, voir Renoir au Grand Palais. Une nocturne sans grand monde, très agréable, ça changeait des foules pour Courbet ou Picasso.
« Exposition Renoir au XXème siècle » car, principalement, ce sont les oeuvres de la dernière partie de sa vie qui y sont présentées. Une quinzaine de salles, avec des tableaux sans sujet et non-littéraires, au contraste appuyé, donnant une forte impression de relief. Des scènes du quotidien dans les premières salles, notamment de très belles jeunes filles au piano dans un intérieur bourgeois, par ailleurs un peu étouffant.
Heureusement arrivent les décors champêtres, paysages du sud de la France (Cagnes), et le coeur de l’exposition : les nus. Renoir peint des femmes replètes, dans des décors champêtres pastels, le plus souvent pourvues de visages poupons très roses, presque rouges, et d’une serviette qui ne voile rien (et qui justifie souvent ce titre ô combien poétique : « femme s’essuyant »). Cette carnation du visage, cette rougeur des joues (qui ne ressemble pas à de la timidité) ne sont pas sans rappeler les nourrissons repus après l’allaitement (il y a une belle peinture de Renoir sur ce thème : joues roses et lèvres gonflées), après ce que Freud qualifierait de jouissance orale. L’air béat des jeunes femmes aux faces callipyges, nous donnent l’impression, elles aussi, d’une jouissance. 

Mais la féminité s'efface salle après salle, les nus gagnent en proportion, deviennent imposants, il ne reste bientôt plus que des formes rondes confondues avec la nature qui les entoure et qui nous font penser à des Vénus de Willendorf. Quelques artistes sont d’ailleurs présents pour faire le pendant (le « contrepoint » comme on dit) et rappeler l’influence considérable de Renoir sur leurs œuvres : Picasso, MatisseBonnard... Renoir voulait embellir les femmes qu'il peignait, c'est réussi ; la boutique est d’ailleurs là pour nous le rappeler, le catalogue est à 49 euros…

GV

« Renoir au XXe siècle », jusqu’au 4 janvier 2010 au Grand Palais.

Images : autoportrait de Renoir (source ici) et une Baigneuse (source ici).
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dimanche 18 octobre 2009

Vues de la Révolution

La Révolution, encore elle ! Jusqu’au 3 janvier 2010, le musée Carnavalet de Paris lui consacre une exposition. Étalée sur cinq petites salles, celle-ci a pour but de dévoiler les trésors cachés du musée qui rappelle détenir « la plus ancienne et la plus importante collection au monde » sur la période.
La visite est plutôt agréable et bien organisée par ordre chronologique, tout en laissant place à quelques « séquences thématiques » sur le rôle des femmes, la mode ou les grandes figures politiques. Contrairement à ce que l’on pourrait penser de ces « trésors cachés », il s’agit très majoritairement de dessins, gravures ou peintures et les objets d’époque restent relativement rares ; on peut cependant admirer un fusil de « vainqueur de la Bastille » et le diplôme allant avec, les habits du Dauphin Louis XVII, plusieurs piques de sans-culottes et, détail très curieux, une chaussure de la reine Marie-Antoinette arrachée au pied de celle-ci lors de la journée du 10 août 1792 ! En revanche, on est donc étonné de ne pas trouver un plus grand nombre de ces reliques insolites comme par exemple la fameuse Bastille de Palloy que le musée a préféré laisser dans ses salles traditionnelles (réplique miniature réalisée en série à partir des pierres de la forteresse et vendue à profit par ce petit génie surnommé étrangement le Patriote)… De même, la petitesse des lieux s’accommodant mal avec l’immensité du sujet, il faut se contenter des deux cents pièces exposées (sur un catalogue initial de 25 000 œuvres) et chaque événement révolutionnaire (10 août, 21 janvier, 2 juin, etc.) n’a dès lors droit qu’à une ou deux représentations. Les Septembriseurs qui nous sont chers n’apparaissent ainsi que sur une unique gravure illustrant le massacre des prisonniers enfermés à la prison de l’Abbaye. On sait pourtant que ces événements furent autrement complexes, et, nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir dans un plus vaste article…

Saluons en tout cas l’inhabituelle honnêteté des présentations historiques qui jalonnent l’exposition. À l’heure où Robespierre est chassé de Paris, il est en effet louable de lire que les Montagnards ne sont pas les bêtes assoiffées de sang que le public se plaît à imaginer, et que les Girondins, si brillants qu’ils fussent, ne sont pas plus les martyrs d’une révolution qu’ils n’avaient que trop trahie.
Un petit tour (gratuit) par les salles du musée permet de compléter utilement cette intéressante visite. Il faut enfin regretter, d’un point de vue bassement mercantile, l’absence complète de cartes postales ou reproductions en affiches des superbes tableaux que donne à voir l’exposition (et l’on pense en particulier aux illustrations du calendrier révolutionnaire). Il y a là un marché en or que le citoyen Palloy n’aurait certainement pas délaissé de la sorte…

KLÉBER

La Révolution française, trésors cachés du musée Carnavalet, Hôtel Carnavalet, 23 rue de Sévigné, 75004 Paris, du mardi au dimanche de 10h à 18h (entre 2,5 et 5 euros).
Images : affiche de l'exposition (source ici) et drapeau révolutionnaire (source ici).
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