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mercredi 28 décembre 2011

Sur la tombe de Stevenson

Il n’y a pas beaucoup d’écrivains qui puissent se vanter d’avoir une tombe aussi exotique que celle de Robert-Louis Stevenson. En comparaison, l’auguste Chateaubriand, enterré sur l’île du Grand Bé, en face de Saint-Malo, semble un aimable plaisantin. Ce dernier l’est plus encore lorsque l’on sait comment il supervisa en détail la mise en place de ce tombeau officiellement anonyme qui fut, en fin de compte, une remarquable opération publicitaire pour sa postérité. Fort heureusement, comme pour faire justice du style et de l’homme, le grand Jean-Paul Sartre, dont on sait qu’il ne fut jamais à court d’idées lumineuses, se chargea de compisser le monument sous les yeux enamourés de Simone de Beauvoir.
Un tel déshonneur ne semble pas pouvoir arriver à Stevenson. C’est aux Samoa, sur l’île d’Upolu, que le célèbre Écossais a choisi d’être enterré. À 15 000 kilomètres de sa terre natale, le lieu n’est pas précisément facile d’accès et l’on n’y croise guère de touristes.

Cette tombe et les belles plages du littoral ayant tout l’attrait nécessaire à une excursion de quelques jours, nous y sommes passés fin novembre, en provenance d’Auckland qui n’est après tout qu’à quelques heures de vol et où vit une importante communauté d’expatriés samoans. Malgré le doux nom de ce pays et les images de carte postale qu’il inspire, on comprend assez vite pourquoi tant d’habitants ont choisi l’exil en Nouvelle-Zélande ou en Australie. Les 180 000 habitants répartis sur les deux îles (Savaï et Upolu) paraissent dans le désœuvrement le plus complet. Le tourisme, s’il est la première ressource nationale (le premier ministre détient le portefeuille du ministère du Tourisme), n’en reste pas moins balbutiant. Contrairement aux îles Fidji voisines, les hôtels se font rares et le centre-ville d’Apia, la capitale, est un désespérant alignement d’immeubles souvent misérables où végètent tant bien que mal une poignée de restaurants et cafés. La circulation automobile est pourtant impressionnante, au point de rendre irrespirable l’air déjà étouffant qui règne partout. Toutefois, passé six heures du soir, il n’y a plus un chat dans la rue. On ne peut d’ailleurs pas dire que cette formule soit la bonne, puisque chats et surtout chiens errants se promènent dans toute l’île et fouillent les poubelles sous le regard indifférent des habitants. Vraiment, on a peine à croire qu’il existe ici quoi que ce soit pour développer l’économie touristique et redresser le pays. Preuve, s’il en fallait une, de l’immobilisme politique, les étrangers sont bien rares et on les regarde comme des objets de curiosité. Il est vrai qu’ils sont aussi vus comme de potentiels nigauds prêts à acheter la camelote vendue dans les rues ou à prendre un des innombrables taxis qui polluent la ville. Les restaurants, par conséquent, n’abritent que la minuscule communauté touristique et les expatriés venus travailler dans les quelques entreprises internationales actives à Samoa. Depuis quarante années que le pays perçoit de substantielles aides de l’ONU et des riches pays voisins, en dépit même d’une stabilité politique étonnante par rapport aux autres îles du Pacifique, le pays demeure en plein tiers-monde. Rien ne semble malheureusement près de changer : un parti quasi-unique au pouvoir depuis l’indépendance (1962), l’absence totale d’exportations, le chômage, mais aussi un climat tropical qui rend les récoltes aléatoires et provoque de réguliers cyclones, la liste est longue des maux qui frappent le pays. Symbole de ce lamentable état, Apia, bien plus que les villages traditionnels qui se trouvent dans le reste de l’île, apparaît irrémédiablement comme un triste lieu où il ne fait pas bon vivre.

Ne restons cependant pas devant cette infamante vitrine et venons-en à Robert-Louis Stevenson. Après le désolant tableau que nous venons de dresser, on conviendra qu’il fallait être fou pour venir s’établir avec femme et enfants en ces lieux. Car c’est bien ce que fit l’écrivain en 1890, lorsqu’il décida d’y emménager dans l’espoir que le climat local le guérirait de son état tuberculeux. Déjà mondialement célèbre, c’est ici qu’il passa les dernières années de sa courte vie (1850-1894).

La maison où vécut Stevenson, baptisée Vailima du nom de la localité voisine, se trouve à trois kilomètres au sud d’Apia, sur le flanc du Mont Vaea. Bâtie en 1890 sur un terrain de 126 hectares acheté pour une bouchée de pain par l’écrivain, elle fut alors la plus importante construction de l’île. Tout en bois, Vailima se trouve au cœur d’un superbe parc dont l’impeccable entretien ferait honneur aux meilleurs jardiniers de Sa Majesté. Il faut dire que ce vestige transformé en musée en 1994 est sans doute la principale attraction touristique de Samoa. Si personne ne s’y trouvait lorsque nous le visitâmes, le livre d’or témoigne suffisamment de sa régulière fréquentation, très majoritairement européenne et américaine.

Une fois déchaussé, exigence toute locale, le visiteur découvre un cosy intérieur où de nombreuses photographies sépia de l’époque ont été disposées. On y voit tout le clan Stevenson, parfois entouré des chefs locaux, déjeunant, jouant de la musique, se promenant dans la vaste résidence, tout cela avec un bel entrain. Amateur de pittoresque, Stevenson avait pris soin de donner à ses employés, en guise de livrée, le tartan des Stuarts. Lui-même ne fut pourtant en rien un colonialiste patenté. Arrivé aux Samoa à l’apogée du conflit qui opposait Anglais, Allemands et Américains pour la possession des îles, il fut un ardent défenseur de la cause des Samoans et milita pour leur souveraineté. Son dévouement et sa sympathie envers les indigènes lui valurent les chaleureux remerciements de la population qui construisit en son honneur une route reliant Vailima à Apia, appelée O Le Ala O Le Alofa, « la route du cœur aimant ». Stevenson, qui restait avant tout écrivain et ne manquait pas de distraire ses invités par des récits qu’on imagine volontiers épiques, fut quant à lui surnommé Tusitala, ce qui signifie « le conteur d’histoires ».

La visite passe par les principales pièces de la résidence, toutes meublées à l’européenne et décorées de nombreuses gravures parisiennes. Si nombre des objets exposés ne sont pas d’authentiques reliques, ils restituent à tout le moins l’ameublement qui fut celui de l’époque. Les chambres sont vastes et lumineuses, agréables malgré la chaleur du dehors, et l’on se plaît à croire que la vie n’y fut pas si affreuse que pourrait le laisser penser la meilleure maison d’Apia. Il ne faut pourtant pas s’y tromper car Stevenson eut à travailler dur pour défricher les alentours et édifier peu à peu une demeure qui ne soit pas une simple cabane. Dans la dernière salle, la bibliothèque, les livres rassemblés restent clairsemés mais la pièce donne une idée du bureau dans lequel l’écrivain rédigea plusieurs œuvres importantes, notamment Catriona (David Balfour) et The Wrecker (Le Trafiquant d’épaves). On y trouve aussi quelques reproductions de lettres de l’auteur et une sommaire exposition des éditions internationales de Stevenson, en particulier concernant son livre le plus célèbre, L’île au trésor. Somme toute, l’atmosphère confortable qui baigne la maison surprend très agréablement le visiteur. Cette impression, sans nul doute, est favorisée par le jardin et les immédiats sous-bois plantés de bambous et richement fleuris, au milieu desquels coule une charmante petite rivière. Parmi les chemins qui serpentent dans cette partie boisée du parc, l’un d’eux permet d’atteindre le sommet du mont Vaea. C’est là haut que se trouve la tombe de Stevenson.

Alors qu’il s’était remis d’une passagère dépression en s’attelant à la rédaction d’un roman qui s’annonçait comme l’un des plus originaux et novateurs de son œuvre (Weir of Herminston traduit en français sous le titre Herminston, le juge pendeur), Stevenson fut brusquement frappé d’apoplexie et mourut à Vailima le 3 décembre 1894. Conformément à ses volontés, il fut enterré au faîte du Mont Vaea qui surplombe sa maison. Des centaines de Samoans, pour lui rendre hommage, se relayèrent et frayèrent un chemin au milieu des lianes afin de transporter son corps jusqu’aux hauteurs. Là, le cercueil de l’écrivain écossais fut déposé sur un tapis de corail et de pierres volcaniques et la tombe entourée de pierres noires, suivant la tradition réservée aux membres royaux de Samoa.

Si la route n’est pas exceptionnellement longue pour atteindre ce célèbre lieu de pèlerinage (trente à quarante minutes par le chemin le plus court), elle est pourtant des plus ardues. Une étouffante chaleur règne en effet jusque sous les arbres. La forte humidité de l’air accable tout particulièrement le marcheur qui est confronté en outre à la présence redoutable de centaines de moustiques. On en vient à croire que ces voraces insectes agissent comme un rempart au tombeau sacré tant leurs perfides attaques non seulement ralentissent mais découragent l’honnête pèlerin. C’est une gageure de sortir de ce traquenard ! Après un chemin des plus escarpés et mal indiqués, l’on parvient au sommet avec soulagement. Sur un étroit plateau couvert de végétation et à peine ouvert par une clairière en son milieu, la tombe est là, tournée vers la mer, d’un style victorien sans fard, que recouvrent de belles fleurs tombées des arbres alentour. L’épitaphe choisie par Stevenson figure sur le côté est du monument :

Under the wide and starry sky
Dig the grave and let me lie
Glad did I live and gladly die
And I laid me down with a will
This be the verse you grave for me
Here he lies where he longed to be
Home is the sailor, home from sea
And the hunter home from the hill*

Sur l’autre face, plein nord, se trouvent les remerciements du peuple samoan et, côté ouest, une nouvelle épitaphe, cette fois-ci écrite en langue samoane, trace de l’indéfectible attachement des Samoans à Stevenson.

N’étaient les nuages de moustiques qui en défendent l’entrée, l’endroit serait charmant. On ne peut hélas guère s’y attarder si l’on tient un tant soit peu à sa peau. Attaquant sans relâche, les insectes harcèlent autant que la chaleur assomme. Cela n’est après tout pas si dommage puisque voilà de quoi dissuader le tourisme de masse et les plaisantins à la Sartre. Il reste que c’est surtout par son éloignement que la tombe fait du pèlerinage une entreprise peu aisée. Marcel Schwob (1867-1905) qui, dans jeunesse, entretint une correspondance avec Stevenson et recevait de lui des lettres de Vailima, se rendit dans l’île en 1901. On ne sait trop s’il parvint à se rendre jusqu’à la tombe car sa faible santé ne fut en rien arrangée par le climat et, après deux mois sur place, il revint en France très affaibli. Après bien d’autres, un autre artiste important tenta le pèlerinage, ce fut Hugo Pratt (1927-1995), dessinateur de Corto Maltese et grand admirateur de Stevenson. Désireux de lui rendre hommage par ce qu’il appelait un « pèlerinage laïc », il se rendit à Upolu en 1992, peu de temps avant sa mort. Hélas, la route menant à la tombe était alors impraticable à la suite d’un cyclone et Pratt dut se contenter de survoler les lieux en hélicoptère.
En somme, sur cette île isolée et désolée au possible, la visite au sommet du Mont Vaea prend l’allure d’une expédition dans la jungle à la recherche du tombeau perdu. On voit que Stevenson ne s’est pas contenté d’écrire des romans d’aventures ; lui qui se disait aventurier presque autant qu’artiste est parvenu à créer une ultime œuvre d’art en faisant de sa propre sépulture un objet d’aventure.

Lucien JUDE

*Sous le ciel immense et étoilé
Creuse la tombe et laisse-moi reposer
Heureux j’ai vécu et heureux je meurs
Et je m’allonge ici avec un vœu
Voici le verset que tu graveras pour moi
Ici il repose où il désirait être
Le marin est chez lui, de retour de la mer
Et le chasseur de retour de la colline

Images : la tombe de Stevenson face nord, plage près d'Apia, maison de Stevenson à Vailima, vue du jardin depuis la terrasse, la bibliothèque, statuette et tableau de Stevenson dans la salle-à-manger, épitaphe sur la tombe, la tombe (photos LJ).
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vendredi 16 décembre 2011

Dans les ruines de Christchurch

Neuf mois après le tremblement de terre qui y fit 181 morts et d’immenses dégâts, Christchurch est encore une ville fantôme : routes barrées, portes condamnées, églises en ruines, trous béants, on a peine à croire la catastrophe si lointaine. Le visiteur qui comme nous débarque de l’Australie voisine s’attend certes à voir quelques décombres mais il faut bien avouer que rien ne le prépare aux incroyables scènes d’abandon et de solitude qu’offrent les restes de ce qui était il n’y pas si longtemps la seconde ville de Nouvelle-Zélande.
Ceux qui ont dit que Christchurch a été rayée de la carte exagéraient à peine. Ébranlée en septembre 2010 par un séisme d’amplitude 7,1 sur l’échelle de Richter, la ville connut une journée dramatique le 22 février 2011 lorsqu’une réplique légèrement moins forte provoqua l’effondrement des bâtiments déjà touchés.
Intervenue en pleine journée, à 12 h 51 heure locale, la secousse principale d’une magnitude de 6,3 piégea un grand nombre des victimes à l’intérieur des immeubles, notamment dans le siège de la télévision régionale (Canterbury Television Building) qui en s’effondrant tua à lui seul près de cent personnes. Les distributions d’eau et électricité furent interrompues tandis que l’aéroport était fermé aux vols civils plusieurs jours durant. Un dangereux phénomène de liquéfaction du sol fut relevé peu après le séisme, entraînant d’importantes inondations et affaiblissant considérablement l’ensemble des constructions de la ville. Le coût des dégâts est difficile à évaluer mais l’on parle d’ores et déjà de 10 à 20 milliards d’euros et toute l’économie néo-zélandaise sera affectée.

Aujourd’hui, la ville est donc très loin d’avoir pansé ses plaies. Les 400 000 habitants de Christchurch ont pour ainsi dire disparu. Tout le centre historique est en état de siège, décrété « Red Zone » et interdit au public. Un immense chantier se cache derrière les barrières et les grillages qui déterminent le périmètre défendu. Après avoir passé des check-point contrôlés par des militaires, des petits groupes d’ouvriers y pénètrent pour déblayer les débris et consolider les bâtiments encore debout. Toutes ces scènes étonnantes font songer à celles d’un film catastrophe après une attaque extra-terrestre ou quelque horrifique épidémie.

Comme nous regardons ces barrages, un voyageur français nous révèle sur le ton de la confidence le plus approprié en ces lieux : « On peut passer les contrôles, mais seulement la nuit ». Parle-t-il de pillards qui s’infiltreraient dans l’enceinte ? Mais il n’est évidemment pas question de cela dans un pays comme la Nouvelle-Zélande. La CERA (Canterbury Earthquake Recovery Authority) organise des navettes en bus pour quelques privilégiés dûment inscrits, habitants de Christchurch et autres Néo-Zélandais prioritairement. Avec un peu de chance, un touriste peut avoir son sésame pour ce tour dans la ville fantôme. Notre Français se défend de tout voyeurisme, mais il est intéressé. Pour autant, est-ce bien nécessaire d’aller au-delà de l’enceinte interdite pour constater l’étendue du désastre ? Tout autour de celle-ci, pas un commerce qui ne soit ouvert. Partout sur les portes, on lit des inscriptions interdisant l’accès aux lieux en raison des risques importants d’effondrement. Là encore, les pancartes, les maisons désertes, le désordre et la poussière qui règnent derrière les vitrines vides suggèrent les images d’une grande catastrophe endémique.

La cathédrale, emblème de la ville, a perdu la plus grande partie de sa tour. Si certains lieux officiels ont pu rouvrir comme la mairie, la plupart des anciens bâtiments demeurent très sévèrement touchés. On voit ici et là des monceaux de pierres, des failles dans les murs, des toits éventrés. Seul le Museum semble avoir vaillamment résisté, permettant aux employés de l’Office du tourisme, lui-même réinstallé dans des préfabriqués, d’y envoyer la myriade de touristes égarés. C’est qu’il n’y a plus rien à voir dans cette ville. Même aux Botanic Gardens où les arbres ont tenu bon, y compris le plus ancien, planté en l’honneur du mariage du prince de Galles (1863), les quelques kiosques sont interdits d’accès car jugés trop incertains.

La vie a pourtant repris son cours. Près du centre barré, au milieu d’immenses espaces créés par la destruction complète d’immeubles dont la ruine était imminente, un curieux centre-ville de remplacement vient d’être édifié. On trouve là, dans de futuristes containers en tôle colorée, quelques grandes marques de vêtement, un ou deux cafés et les irremplaçables banques. Le consumérisme chassé est déjà revenu ! Plusieurs restaurants fermés ont aussi affiché sur leur porte qu’ils sont désormais de retour …dans une roulotte. Et en effet, on les retrouve près de ce nouveau centre, proposant des formules « take away » aux passants intrigués. Enfin, pour donner un air de fête comme dans toutes les villes néo-zélandaises, des décorations de Noël sont suspendues ici et là sous le soleil de l’été naissant. Mais il n’y a encore guère de monde pour profiter de tout cela. La plupart des gens se massent près des grillages pour scruter le chantier interdit. Montrant la place de la cathédrale au loin, une dame déclare à qui veut l’entendre : « C’est là que j’allais tous les jours pour travailler ». On en vient justement à se demander ce que sont devenus les milliers d’employés du centre-ville… Bien que plusieurs semaines de paye ont été garanties par le gouvernement afin de préserver les emplois, la plupart ont dû émigrer vers d’autres villes de l’île du Sud afin de chercher un nouveau travail. De la même façon, beaucoup d’habitants ont définitivement quitté la ville dans la crainte de nouveaux séismes. Même s’il est un peu tôt pour spéculer sur les conséquences de ces départs qui concerneraient 1 habitant sur 6, il apparaît certain que Christchurch mettra de nombreuses années à retrouver son statut de capitale du sud.

Avec cinq à dix années de travaux en perspective, le chantier est encore long. Il le sera d’autant plus que plusieurs répliques ont déjà compliqué la reconstruction et redoublé les craintes d’une population traumatisée. Mais comme pour Auckland, construite sur un volcan susceptible de se réveiller, comme pour Wellington, déjà détruite par un tremblement de terre, les Néo-Zélandais semblent bien résolus à faire face aux phénomènes naturels en reconstruisant Christchurch.

Lucien JUDE

Images : vue d'une église en ruines, la place de la cathédrale vue derrière les grillages, affiche interdisant l'accès à un immeuble, même église en ruines, le nouveau centre en containers, Worcester Street (photos NDC).
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samedi 25 juin 2011

Paul Wenz, l’écrivain du bout du monde

En Australie, la littérature eut une naissance difficile. Sur ce continent découvert à la fin du XVIIIe siècle, l’administration anglaise ne se préoccupa d’abord que de bâtir des colonies pénitentiaires avant que le « golden rush » de 1851 n’en fasse une importante terre d’immigration. Lointaine, immense, désertique, ce n’était a priori pas la contrée la plus hospitalière pour un écrivain désireux de populariser son œuvre. Si son exotisme en faisait bien un idéal lieu d’aventure pour les auteurs européens (Les Enfants du capitaine Grant de Jules Verne par exemple), ses natifs ou ses immigrés se souciaient avant tout d’y faire fortune en partant à la conquête des infinis territoires qu’elle recélait. À la fin du XIXe siècle, l’émergence des deux grandes villes, Melbourne et Sydney, favorisa le développement de foyers culturels. Les premiers mouvements littéraires y apparurent bientôt, notamment sous l’impulsion d’une revue, The Bulletin, qui contribua par ailleurs à forger le nationalisme australien en exaltant le « bush », ces terres sauvages de l’intérieur où les colons partaient s’aventurer.
À cette même époque, un jeune Français d’origine rémoise, Paul Wenz (1869-1939), débarquait en Australie pour les besoins du commerce familial. Enchanté par le pays, bientôt marié à une fille de squatter*, il décida finalement de s’y installer à l’âge de 28 ans. Au cœur de la Nouvelle Galles du Sud, à Forbes, il bâtit sa propriété, vivant de l’élevage de moutons et du développement local de l’entreprise familiale de lainage. Deux ans plus tard, en 1900, ses premières nouvelles paraissaient dans L’Illustration, ayant principalement pour thème et lieu l’Australie.

Qui est Paul Wenz ? Né au sein d’une riche famille protestante de Reims, grand ami de Joseph Krug (héritier de la célèbre marque de champagne), il fut envoyé par ses parents à Paris afin d’effectuer sa scolarité à l’École alsacienne. C’est là qu’il eut pour camarades André Gide et Pierre Louÿs, ce premier évoquant d’ailleurs furtivement la figure du « grand Wenz » dans ses mémoires (Si le grain ne meurt, p. 81). Élève assez médiocre, Paul Wenz rêvait déjà de partir et ne brillait apparemment qu’en composition. Dès 18 ans, il entreprit ses premiers voyages vers l’Amérique et l’Afrique avant de faire de l’Australie sa terre d’adoption. Bien qu’à la tête d’une propriété, son éducation devait finir par le porter vers l’écriture et, les circonstances l’ayant placé sur des terres largement inconnues du public français, il eut la bonne idée d’exploiter cette opportunité. Son premier recueil ne cache d’ailleurs pas l’orientation décidée puisqu’il s’intitule À l’autre bout du monde (1905, publié sous le pseudonyme de Paul Warrengo).
Peu après ce coup d’essai, Paul Wenz publia son premier livre en anglais, Diary of a New Chum (Melbourne, 1908), sorte de bréviaire pour ce qu’on appelait les « new chums », ces gens nés hors de l’Australie qui venaient s’y installer pour travailler dans les stations et grandes propriétés. Lui-même « new chum », Wenz y décrit en quelques courtes scènes les péripéties habituelles rencontrées par cette catégorie d’immigrés. Dans ce récit sans grand relief, une intrigue des plus fantomatiques est reléguée derrière les descriptions du quotidien du « new chum ». Du fait de son caractère pointu, l’ouvrage eut une publication plutôt confidentielle et exclusivement locale.

La carrière de Paul Wenz prit un important tournant au cours des premières années du XXe siècle. Ayant rencontré Jack London de passage à Sydney, il se lia d’amitié avec celui-ci et entreprit la traduction de son livre Love of Life. En 1909, au cours d’un voyage en France, il reprit contact avec son ancien camarade André Gide qui venait tout juste de lancer la Nouvelle Revue Française et commençait à se faire connaître. Wenz qui achevait la rédaction d’un nouveau recueil de « contes australiens », Sous la Croix du Sud (Plon, 1910), en profita pour lui en soumettre les épreuves avec l’espoir que l’entregent de son illustre ami puisse lui donner une plus large visibilité en France. De fait, Gide fut enthousiasmé par Le Charretier, nouvelle qu’il fit aussitôt publier dans la Nouvelle Revue Française. Sans être à notre avis extraordinaire, il est vrai que cette nouvelle et quelques autres du recueil montrent de belles qualités, promenant le lecteur à travers l’Australie du bush et jusqu’à l’île d'Upolu où repose Stevenson.

Comme le premier recueil publié en 1905, ce second livre en français eut un certain succès et fut réédité dès l’année suivante. Encouragé par ce bon début, Paul Wenz entreprit alors l’écriture d’une œuvre plus ambitieuse, confiant à Gide dans une lettre du 16 novembre 1912 qu’il s’agirait peut-être d’un roman, même s’il craignait que son français « ne sente terriblement l’eucalyptus ou la menthe ». Ce fut bien un roman, L’Homme du soleil couchant, mais la Première Guerre Mondiale en repoussa la parution à 1923. Resté en France durant toute la durée du conflit, Paul Wenz collabora à la Croix Rouge avant d’être envoyé à Londres comme officier de liaison. C’est là que sa relation avec Gide atteint probablement son apogée puisque ce dernier, précisément en train de découvrir la langue anglaise, était curieux de tout ce qui avait trait à la vie littéraire locale et multipliait les contacts sur place (on sait qu’il fit un voyage en Angleterre en 1918 avec Marc Allégret). Par l’entremise de Gide, Wenz rencontra ainsi Joseph Conrad, Arnold Bennett et John Galsworthy.

Dès 1919, ce fut le retour en Australie, tandis qu’en France paraissaient Au pays de leurs pères, écrit durant la guerre, et, peu après, L’Homme du soleil couchant. Ce dernier livre, adoptant une trame semblable à celle de Diary of a New Chum, montre un jeune Anglais que l’amour a poussé à la poursuite d’une femme en Australie. Là, désespérant de la conquérir, il entame une improbable carrière de « new chum », alternant les petits « jobs » avant de se lancer à la recherche de l’or. À parler franchement, c’est un roman plutôt médiocre et languissant qui n’a pour seule valeur que l’atmosphère qu’il parvient à rendre. En effet, comme dans ses nouvelles, Wenz exploite les particularismes et mœurs de l’Australie avec un certain talent : solitude des espaces, menaces de la nature (feux, serpents, sécheresse…) et folies humaines en sont les composantes. La fièvre de l’or, par exemple, est fort bien restituée :
« Le reste de la soirée se passa à raconter des histoires de découvertes d’or : chacun avait la sienne à dire. On cita les hasards étranges qui montrèrent de l’or dans un trou de lapin ; dans les incisives d’un mouton qui avait brouté là où plus tard il y eut un champ d’or. On rappela l’or qu’on avait trouvé dans une rue de Ballarat, dans une brique d’une maison de Bendigo. Chacun s’en fut coucher, la tête tournée par tous ces récits de fortunes faites en se baissant. »

Isolé à l’autre bout du monde, Wenz ne tarda pas à perdre contact avec son puissant allié de la NRF. Il faut dire que de son côté, André Gide ne se faisait plus beaucoup d’illusions sur les qualités littéraires de son ami qui continuait inlassablement à lui envoyer ses manuscrits. Sans jamais rompre avec lui, Gide exprima ses doutes et tenta de le conseiller avant d’espacer plus longuement ses réponses. D’après Michaël Tilby, auteur d’un article assez cruel dans Le Bulletin des Amis d’André Gide (n°129, janvier 2001), il ne savait comment se débarrasser de cet encombrant ami dont Rivière et Gallimard avaient condamné les œuvres sans appel. Abandonné par eux, Wenz fut dès lors moins productif pendant plusieurs années, avant de publier en 1929 Le Jardin des Coraux et surtout L’Écharde en 1931. S’il y a bien un roman de Wenz à lire, c’est peut-être celui-ci, son dernier : pour une fois, l’intrigue est bien construite, l’écriture est agréable et le charme des descriptions du bush australien toujours là. Racontant l’arrivée d’une « house-keeper » belle et ambitieuse au sein d’une ferme tenue par trois célibataires, ce roman décrit l’évolution d’une jalousie qui, comme une écharde, poursuivra toute sa vie le héros qui en est victime. Si l’on peut déplorer tout au plus quelques précipitations dans le déroulement du récit, il y a là un beau roman.
Ce devait être son chant du cygne. Après un dernier voyage en France en 1938-1939, Paul Wenz rentra à Forbes où il mourut d’une fièvre subite le 23 août 1939, à l’âge de soixante-dix ans.

La question s’est posée de savoir si Paul Wenz doit être considéré comme un écrivain français ou australien. Contrairement à d’autres cas célèbres, aucun des deux pays concernés n’a jamais vraiment cherché à se disputer sa nationalité. Il est par ailleurs faux de dire, comme on peut hélas le lire sur Internet, qu’il est un « classique » en Australie. Toutes les librairies que nous avons pu visiter à Melbourne ou à Sydney sont vides de la moindre œuvre de Paul Wenz. La colossale Histoire de la littérature australienne que nous avons consultée se paie le luxe de ne pas même mentionner cet auteur. Rien toutefois de très étonnant lorsque l’on sait que Wenz écrivit toute son œuvre, sauf un livre et quelques nouvelles, en langue française et à destination du public français.
S’il reste assurément un écrivain amateur par le ton convenu de ses récits et l’écriture trop classiquement appliquée qu’il y emploie, ses livres n’en restent pas moins fort instructifs sur toute une époque de l’Australie. La vie du bush, ses métiers (les « boundary riders », « swaggies » et tondeurs des stations), les Noëls fêtés par 35°c, la ruée vers l’or, la sécheresse et les feux, tout ce folklore inconnu pour les lecteurs français est retracé dans son œuvre. Unique écrivain français en son domaine, il apparaît donc comme un lecture nécessaire sinon indispensable pour tout Français curieux de littérature qui passe en Australie.

Mais laissons à André Gide le soin de conclure par ce beau portrait qu’il fit de Paul Wenz :
« Je contemple avec admiration ce colosse superbe, sous qui tous les fauteuils semblent plier. Son visage puissant exprime une énergie calme et douce ; il est beau tout entier. (…) Il parle de Java, de Pékin, des silences profonds dans les forêts de Nouvelle-Zélande ; et, dans l’île du Pacifique, de la tombe de Stevenson. Il parle de sa ferme aux pacages immenses où des eucalyptus géants se dressent, isolés, arbres abandonnés, en ruines, dont l’intérieur pourri forme cheminée jusqu’au ciel ; pour fêter l’arrivée d’un ami on en sacrifie quelques-uns qu’on allume ; il parle de la sauvage étrangeté, dans la nuit vaste, de ces torches immenses. Il m’invite à l’aller retrouver là-bas. »

Lucien JUDE

NB : En France, les éditions de La Petite Maison ont réédité la plupart de ses livres à la fin des années 1980. Il y a peu, L’Écharde a reparu aux éditions Zulma (2010). En Australie, un petit club d’érudits franco-australiens entretient la mémoire de Paul Wenz, tout récemment encore en cherchant à sauver sa bibliothèque à Forbes.

* à l'origine occupants sans titre d'une terre de la couronne devenus peu à peu l'équivalent d'une sorte d'aristocratie terrienne (source P.W. dans L'Homme du soleil couchant).

Images : portrait de Paul Wenz par son frère en 1905 (source ici), Paul Wenz (à droite) et son "partner" Dobson fêtant l'achèvement de la maison de Nanima à Forbes, en 1898, avec une caisse de champagne Krug (source ici), photographie de Paul Wenz et Jack London à Sydney vers 1906 (source ici), couverture de la NRF en mars 1911 mentionnant une note à propos de Sous la croix du Sud de Wenz (source ici), portrait de Paul Wenz par Paul Laurens (source ici), couverture de L'Écharde, réédité chez Zulma en 2010 (source ici), photo de Wenz sous un gumtree de Nanima (source ici).
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vendredi 24 septembre 2010

Retour de Rio

Depuis plus d’un siècle et la célèbre phrase attribuée à Clemenceau, on sait que le Brésil est un pays d’avenir ; mais pour combien de temps encore ? Coupe du monde, Jeux olympiques, pétrole, le pays est à la mode en ce moment et Rio de Janeiro est en première ligne. À l’heure des élections, on nous assure que tout va bien depuis que Lula l’a remis sur les rails. Les chiffres le prouvent, les indicateurs sont au vert, et l’on craint même la surchauffe.

Rio est la vitrine de ce Brésil, nouveau géant de la planète qui entend jouer sa partie dans le concert des nations. Les récentes découvertes de vastes réserves de pétrole au large de « la plus belle baie du monde » promettent au « Fleuve de Janvier » des lendemains qui chantent, même si le Christ de Corcovado a toujours les bras entrouverts, attendant que les Cariocas se mettent au travail pour applaudir.
Cependant, en se rendant sur place, on s’aperçoit du chemin qu’il reste à parcourir avant que la ville ne ressemble définitivement à la carte postale qu’on ne cesse de nous vendre. Ainsi le récent hors série du Monde titre à propos de Rio : Sur la voie de la renaissance, l’article se concluant par cette assertion : « le moral au zénith, sûre de son éternelle beauté, Rio attend avec confiance ses futurs rendez-vous avec le sport. »
S’il est vrai qu’on n’obtient pas par hasard l’organisation des deux plus grands évènements sportifs de la planète à deux ans d’intervalle (2014 : coupe du monde, 2016 : les JO), sur place les mutations de la ville sont impressionnantes mais vont surtout dans le sens d’une ségrégation génératrice de violence.
En 1942, Bernanos disait déjà à propos du quartier Botafogo de Barbacena (son lieu de résidence) :
« Je n’ai pas besoin d’être un prophète pour vous prédire, à coup sûr, quel est le destin réservé à Botafogo. Les villas des gens riches de Barbacena, d’un style déplorablement américain — de ce style que Hollywood a rendu populaire —, monteront bientôt à l’assaut de ma colline et viendront étaler au soleil leurs vérandas de ciment, leurs mosaïques de couleurs tendres… Une fois de plus le monde moderne aura triomphé non de la misère, mais des misérables. »
Car c’est bien ce que l’on observe tout autour du centre-ville de Rio et notamment dans l’ouest vers Barra et maintenant Recreio. Des condominiums (ensembles de tours ou de maisons construits afin d’assurer la sécurité de leurs habitants, surveillés 24 h/24 par des gardes, des caméras et entourés de hautes palissades) poussent comme des champignons, rejetant les habitants des favelas toujours plus loin ou, pire encore, leur infligeant l’étalage vulgaire de galeries commerciales auxquelles ils ne peuvent accéder. Car c’est là l’une des particularités du Brésil et de Rio en particulier : la misère y côtoie la richesse, voire le luxe.

Ainsi, traverser Rio en voiture c’est passer, en quelques secondes, des quartiers très huppés aux favelas, zones toujours dangereuses, car les braquages y sont nombreux. Les vitres teintées ne sont pas une option, la plupart des automobiles en sont pourvues, les plus riches prenant l’hélicoptère. Le gouvernement, devant la recrudescence de ces braquages de voitures par des individus à motos, a envisagé un temps d’interdire le transport des passagers sur les deux roues, mais a dû renoncer face au tollé général.
Pourtant, circuler en voitures c’est aussi faire face à un autre danger redoutable : les embouteillages ! La ville se trouve en ce moment saturée, matin et soir, et l’on imagine mal comment elle pourrait faire face à l’afflux de touristes et de visiteurs généré par des évènements tels que les JO. Cependant si vous êtes pris d’un petit creux, vous trouverez facilement des vendeurs (parfois en fauteuil roulant) au milieu de l’autoroute pour vous proposer cacahuètes chaudes, boissons, etc.
On peut certes incriminer les travaux gigantesques qui ont lieu en ce moment sur le réseau routier, mais au-delà de cette constatation, on note aussi la difficulté de se déplacer en transport en commun. Il n’y a qu’une ligne de métro qui se partage heureusement en deux. Certes, les bus sont nombreux, mais il n’existe aucun plan.
Pour revenir au problème de la violence, il ne faut pas compter sur l’entraide. Le réflexe commun en cas d’agression d’un tiers dans la rue est de se baisser (pour éviter les balles perdues) et de courir sans se retourner.
Bien sûr, vous pouvez aussi entendre d’aucuns, de retour de Rio, ayant vécu à Copacabana et circulé en taxi, dire qu’il n’y a aucun problème et que la vie n’est qu’un long fleuve tranquille jusqu'à Ipanema. Ce sont là ceux que Bernanos appelait « les conférenciers d’Europe » qui « ne connaissant de cette terre immense qu’un petit nombre de jardins botaniques et de casinos (…) en ont fait au naïf public de snobs une peinture aussi facile, aussi accablante de monotonie dans la fausse splendeur, que les écœurants paysages californiens popularisés par les cinémas de Hollywood (oui, Bernanos n’aime pas ce grand pourvoyeur de films !), et qui doivent correspondre si exactement à l’idée qu’un milliardaire méthodiste peut se faire du paradis terrestre. »

Sur le plan culturel, peu de choses… Il faut tout de même visiter le Musée international d’art naïf à côté du Corcovado. Attention à ne pas le manquer, car une dizaine de mètres plus loin, ce sont les favelas qui vous attendent. Un employé vient gentiment ouvrir le cadenas qui ferme les grilles d’entrée. Sur trois étages d’une vieille maison, on peut y voir une fresque (la plus grande peinture d’art naïf au monde !) qui reconstitue l’histoire du Brésil. Ne pas oublier de lire aussi le brillant exposé du directeur qui oppose l’art populaire (qui ne fait que reproduire les mêmes figures sans originalité) à l’art naïf (qui lui puise son inspiration dans une profonde liberté). Bref, il ne faut pas confondre les peintures de la rue avec les tableaux exposés. Au sous-sol, une salle est réservée au Douanier Rousseau dans laquelle on peut admirer de belles photos reproduisant ses chefs-d'œuvre.
On attend donc avec impatience de voir quel visage Rio va donner de lui-même dans les prochaines années, même si, comme Bernanos, nous ne doutons pas que « le monde moderne triomphera des misérables ».


GV

Images : vue de Rio prise depuis le Corcovado, vue de Rio depuis le Pain de sucre, photo prise depuis le Musée international d'art naïf (GV).
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