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mercredi 11 août 2010

Picpus, le cimetière des ci-devant

La géographie parisienne réserve bien des surprises. La longue voie qui borde le sud du cimetière royaliste de Picpus à Paris n’est autre que la rue Santerre, du nom du commandant de la garde nationale durant la Révolution française. Antoine-Joseph Santerre (1752-1809), brasseur du faubourg Saint-Antoine, fut l’un des plus actifs participants de la prise de la Bastille avant de devenir un personnage essentiel des sections parisiennes. Adulé par les sans-culottes, il devint sans peine commandant de la garde nationale, poste qui lui permit de comploter en toute quiétude tout en spéculant sur les biens nationaux. Ayant réclamé un commandement de volontaires pour la Vendée, notre homme s’y montra pitoyable et rentra bien vite en son quartier (Victor Hugo évoque, avec une coupable indulgence, les bataillons de Santerre au début de son roman Quatre-vingt-treize). Lié aux déplorables Hébertistes, il fut logiquement expédié en prison au moment de la liquidation de cette clique et, comme de juste, c’est aux Thermidoriens que cette imposture révolutionnaire dut sa libération. Cette brève relation de sa vie montre assez quel jean-foutre fut le médiocre Santerre. Allez savoir quelle lubie frappa le conseil municipal du 12e arrondissement qui baptisa cette voie…

Quoi qu’il en soit, il est toujours plaisant de constater que la rue Santerre borde le fameux cimetière de Picpus, l’un des deux seuls cimetières privés de la ville de Paris. Pour deux euros – somme un peu élevée, mais après tout c’est un territoire royaliste et catholique – on peut visiter les lieux l’après-midi. Derrière la chapelle qui commémore le souvenir des "martyrs", un sympathique jardin, bien entretenu, s’étend tout en longueur sur quelques centaines de mètres. C’est au fond de ce jardin que se situe le cimetière à proprement parler, non loin des deux fosses communes dans lesquelles furent jetés les corps des 1300 personnes exécutées entre la mi-juin et le 27 juillet 1794, lorsque la guillotine fonctionnait sur la place du Trône renversé (actuelle place de la Nation). Seuls les descendants de guillotinés ont normalement droit d’y être inhumés. Dans les faits, bien que plus de la moitié des "martyrs" appartienne au peuple, les noms à particules règnent en maîtres dans le cimetière. Rien ne change.

La star des lieux est le brave La Fayette, une imposture d’un calibre plus élevé encore que l’ami Santerre. Un drapeau américain flotte continuellement au-dessus de sa tombe qui est fidèlement fleurie tous les 4 juillet. Pour le reste, le bottin mondain royaliste s’étale avec ses titres ronflants sur les dizaines de tombes qui couvrent le cimetière, de la même manière que fleurissent les noms des dirigeants communistes sur les tombes qui font face au mur des Fédérés du Père Lachaise (à ceci près qu’il faut payer pour voir le lieu de mémoire royaliste quand celui du peuple est gratuit…).
Si l’on fait abstraction des innombrables plaques commémoratives chargées de bondieuseries, la visite est donc intéressante. Le prix d’entrée, quant à lui, a au moins l’avantage de vous assurer une quasi solitude dans un agréable jardin…

KLÉBER

Images : photos du jardin de Picpus, de la rue Santerre et de la tombe de La Fayette (source K.).
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mercredi 7 octobre 2009

Notre erreur

Compte-rendu d’un fiasco
Vendredi soir dernier, appâté par d'élogieux compte-rendus parus dans la presse nationale, j'avais réussi à entraîner l'un de mes camarades jusqu'au théâtre de la Colline, où se donne encore pour quelques jours la pièce collective Notre Terreur mise en scène par M. Sylvain Creuzevault.
Après une sanglante mêlée dans le métro, dont le narrateur et les siens s'extrayèrent à grand peine, nous débouchâmes finalement devant le temple de nos désirs. Tel se présente le théâtre de la Colline, à la lueur des réverbères : une belle bâtisse composite verre et béton, sans décorations intérieures, qui donne un aspect résolument moderne et prolétarien à un lieu de culture fréquenté quasi-exclusivement par la petite-bourgeoisie intellectuelle, le tout enchâssé dans un ancien quartier populaire, non loin du Père Lachaise.

À l'entrée, de courageux jeunes gens distribuaient à titre gracieux des exemplaires d'un quelconque canard sur la vie culturelle parisienne, que nous ne lirons pas de toute manière. Une fois, le seuil passé, nous observâmes avec effroi que les guichets étaient tous fermés. Nous n'eûmes pas le temps de nous alarmer plus longtemps car les gardiens des lieux, tout de noir vêtus, (il est intéressant de constater cette résurgence du goût pour les uniformes fascistes qui touche quasiment tous les personnels des lieux culturels aujourd'hui… Où sont donc passées les belles livrées dorées, rehaussées de couleurs chatoyantes ?), nous poussèrent vers les étages.
Escaladant les marches quatre à quatre nous arrivâmes devant les portes. Une foule de bobos, en uniformes réglementaires (barbe de plusieurs jours, chemises au col ouvert et soigneusement froissée, jean diesel pour ces messieurs, robes et jupes assorties du cuir obligatoire pour ces dames) patientaient en bavardant d'autant plus gaiement, qu'ils avaient vue directe sur le purgatoire. Le purgatoire en question, n'était autre qu'un comptoir où les malheureux qui comme nous n'avaient pas pris le soin de réserver à l'avance, devaient s'inscrire sur une liste d'attente (20 élus par soir maximum) auprès des gardiens susmentionnés qui, prenant l'air important, expliquaient qu'il était nécessaire de s'y prendre longtemps à l'avance. Les escrocs ! Non contents de vendre les places à des prix qui feraient rougir de honte un bon sans-culotte et affichant sans vergogne la fatuité propre à leurs fonctions, tout indiquait en outre que ces vils laquais se payaient le luxe d'annoncer à tel ou tel de leurs amis – après un bruyant claquage de bise – qu'on se faisait fort de les faire entrer !
Ecoeurés par ce système de privilégiés, vos serviteurs zélés décidèrent de fuir manu militari un pareil spectacle pour aller se régaler d'un bon film de guerre hollywodien, à un prix nettement plus abordable.
Que demande le peuple ?

Bruno FORESTIER (en compagnie de Lucien JUDE)

Image : le théâtre de la Colline (source ici)
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