Vu Esther de Jaume Collet-Serra dans un multiplex bondé de Montparnasse. Selon F. qui m'accompagnait, il s'agirait du film
"le plus anti-familial" de ces dernières années. Il a tort bien
entendu, ne serait-ce que parce qu'il ne s'agit que d'un remake bien foutu de Joshua de George Rattlif, sorti en 2007 dans lequel on pouvait déjà
admirer la beauté fragile de Vera Farmiga, en mère manipulée et poussée à la démence. Ceci dit, Esther vaut tout de même le détour pour quelques bonnes
idées Dada habilement placées (proposition de roulette russe entre Esther, 10
ans et Max, 5 ans entre autres) et une ou deux scènes assez gore comme la scène
de fausse-couche qui ouvre le film ou le massacre d'une bonne sœur au marteau.
Surtout, on pourra apprécier le remarquable jeux des trois actrices, dont
l'éponyme Esther (Isabelle Fuhrman)
et sa soeur Max (Genelle Williams). Ces demoiselles, avantageusement mises en avant par un scénario somme
toute assez finaud, donnent au film un rythme haletant, malgré quelques effets
de caméras un peu lourd. Je fais grâce au lectorat des commentaires entendus au
sortir de la séance sur le rôle des naines en Russie.
Les Chats
Persans de Bahman Ghobadi ne vaut certainement pas tout le battage qu'on en a
fait autour ce qui ne l'empêche pas d'être intéressant par les thématiques
abordées et plutôt sympathique. L'économie de moyens (le tournage s'est fait
dans une semi clandestinité) permet au réalisateur de faire de nécessité vertu,
et de transformer un objet plutôt foutraque, oscillant entre le documentaire,
la série de clips et la fiction tragicomique, en un film énergique et qui va à
l'essentiel (l'essentiel c'est la ville de Téhéran et le foisonnement de la vie culturelle malgré le
régime).
Enfin, Bright
Star de Jane Campion, laquelle réussit l'exploit de faire un très beau
film dans le cadre superbe mais étroit de Hampstead Village autour d'une intrigue plus limitée encore : les
amours impossibles du poète John Keats et de sa fiancée Fanny Brawne. L'évolution du couple Keats-Brawne, incarnés respectivement par Ben
Whishaw (qui en plus d'être fort
beau, déclame très bien) et la voluptueuse Abbie Cornish, passant de l'amitié et la complicité à l'amour
passionné, est filmée avec une rare finesse, sans mièvrerie aucune, entre
regards, silences et ellipses. L'estivale séquence des papillons, aérienne et
lumineuse, est de ce point de vue tout à fait remarquable. D'ailleurs, la
photographie est à elle seule une raison d'aller voir le film, tant la lande
anglaise y est magnifiquement filmée, les nombreuses scènes de promenades
bucoliques démontrant à nouveau, si le besoin s'en faisait sentir, la
supériorité de la civilisation britannique campagnarde.
Un des autres points
forts du film est de donner un aperçu assez juste de la société
pré-victorienne, notamment par ses pesantes conventions sociales et ses
mesquineries (ce qui nous permet de mentionner la présence de Paul Schneider, un acteur qui nous est sympathique, en Charles
Brown irritant et exclusif),
auxquelles n'échappent pas les héros.
Au risque de lasser
nos lecteurs, nous pouvons également faire remarquer que l'histoire elle-même
n’est qu'une illustration supplémentaire et très classique de l'amour-passion
cher à M. de Rougemont, comme le
montre le constant refrènement du désir des amants, dont la source sera
dévoilée lors de la sombre scène de la séparation à la veille du départ pour
l'Italie.
Pour
conclure, suite aux recommandations avisées d'un lecteur, nous signalons qu'il
est possible de regarder La Piste de Santa Fe (en VO), petit chef-d’œuvre de l'âge d'or
d'Hollywood, sur google vidéo (le film est libre de droit). Le film sur le Bleeding
Kansas est à ranger entre Naissance
d'une Nation de Griffith et Autant en Emporte le vent, tant pour la qualité que pour un certain parti
pris. L'intrigue, digne d'un roman de Dumas, porte sur les aventures de jeunes cadets d'une
fraîche promotion de West Point -
laquelle pour les besoins du scénario compte une tripotée de futurs généraux
sudistes et nordistes - au prise avec l'inquiétant John Brown, qui ravage le Kansas avec ses hommes (et comme dans
tout bon western, ils le pendront haut et court à la fin). Notons pour la
petite histoire que le héros, Jeb Stuart (futur général confédéré), incarné par Errol Flynn, participa effectivement à la capture de Brown à Harpers
Ferry… Dans le film, il est secondé
par un futur général Custer, joué
par un Ronald Reagan, parfaitement
tête-à-claques (ou à scalp, si j'oses dire…) et il séduit pour la énième fois Olivia
de Havilland. Bref, vous ne
regarderez jamais plus Robin des Bois de la même manière.
Bruno FORESTIER







