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vendredi 25 mars 2011

La Commune aujourd'hui

L’actualité nationale et internationale étant des plus agitées, le 140e anniversaire de la Commune de Paris a eu lieu dans une indifférence presque générale. Il ne fallait certes pas s’attendre à quelque commémoration officielle de la part d’un gouvernement qui déjà craint de célébrer un écrivain comme Céline, mais on aurait à tout le moins pu s’attendre à ce que cet événement tragique soit un peu plus évoqué par les médias, qui plus est en ces temps de révolutions. Il reste toutefois une initiative, celle de la mairie de Paris qui, pour une fois bien avisée, a ouvert une exposition gratuite consacrée à la Commune.
De notre côté, faute de temps pour pleinement exprimer nos vues sur le sujet, cette courte note fera office de pis-aller. À ceux qui chercheraient quelques évocations plus substantielles, nous nous permettons de conseiller la lecture du Journal illustré de la Commune de Paris que nos amis de la Raspouteam viennent de lancer. On y trouvera d’intéressants articles retraçant le contexte historique ainsi que de belles illustrations mêlant gravures d’époque et perspectives contemporaines.
Quant à nous, il va sans dire que nous ferons tout pour rattraper au plus vite cet impardonnable retard dans nos publications.

Les Septembriseurs

Image : drapeau de la Commune (source Raspouteam).
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dimanche 16 janvier 2011

L'exemple de Jan Palach

Qui a dit que l’histoire ne se répète qu’en comédie ? Les présents événements en Tunisie nous donnent en effet l’occasion de revenir sur un fait historique dont c’est aujourd’hui le 42e anniversaire. Si l’on est encore surpris par la soudaineté de la fuite du président-dictateur Ben Ali, il faut se rappeler que le mouvement populaire de révolte qui vient de la provoquer est parti d’une seule personne qui par son suicide répéta le célèbre geste du Tchécoslovaque Jan Palach.

Jan Palach, étudiant en philosophie de 21 ans, s’immola par le feu le 16 janvier 1969 sur la place Venceslas de Prague. Au mois d’août 1968, l’armée rouge avait mis fin dans le sang au Printemps de Prague, cette période éphémère au cours de laquelle le réformateur Dubcek tenta d’imposer le « Socialisme à visage humain » en réintroduisant les libertés individuelles et en mettant un terme à la censure. Par l’horreur de son acte, Jan Palach entendit protester contre le retour à la dictature soviétique et montrer le désespoir de tout un peuple. Le retentissement de cet événement fut immense et mena peu après à d’importantes manifestations, tandis que d’autres jeunes gens suivaient l’exemple de Palach en s’immolant à leur tour par le feu. Quoique les conséquences politiques de ce suicide ne furent pas immédiates, il est indéniable que Palach ranima l’esprit de résistance parmi la population tchécoslovaque. La commémoration de sa mort vingt ans après, en 1989, fut l’occasion des premières révoltes à l’encontre du régime communiste (Semaine Palach) en même temps que le dépôt d’une gerbe de fleurs sur l’emplacement du suicide valait neuf mois de prison à Vaclav Havel (opposant au régime, futur président). À la fin de cette même année 1989, la Révolution de velours balayait définitivement le régime honni.
Il est dès lors frappant de remarquer à quel point l’exemple de Jan Palach a été imité en Tunisie par le suicide de Mohamed Bouazizi. Rien ne dit du reste que ce dernier connaissait l’histoire du Tchécoslovaque, mais il faut bien constater que le même geste a causé les mêmes répercussions, jusqu’à un dénouement précipité que seule la déliquescence générale du pouvoir permet d’expliquer.

Le 17 décembre 2010, à Sidi-Bouzid, Mohamed Bouazizi a choisi de s’immoler par le feu devant le siège du gouvernorat, après que la police lui eut confisqué ses outils de travail (une charrette de fruits et légumes). Ce jeune homme de 26 ans, diplômé mais chômeur, n’avait comme ressource que ce travail de vendeur ambulant que les autorités ne lui permettaient pas d'exercer. Malgré ses protestations auprès de la municipalité puis du gouvernorat, il avait été systématiquement éconduit. C’est pour protester contre cette situation qu’il choisit de se donner la mort sur la place publique en s’immolant par le feu. Aussitôt après, et comme dans le cas de Jan Palach, plusieurs suicides similaires furent recensés à Sidi-Bouzid et des manifestations de révolte contre le chômage et la misère visant directement le pouvoir corrompu et dictatorial de Ben Ali se propagèrent dans toute la Tunisie pour mener aux résultats que l’on sait.

Certes, le suicide publique en signe de protestation ne date pas de 1969. Les exemples sont légion qui se retrouvent à toutes les époques. Mais combien aboutirent à de telles conclusions ? Il suffit de repenser à Stefan Lux, Tchécoslovaque lui aussi, qui en 1936, en pleine séance de la Société des Nations à Genève, se tira une balle dans la tête afin d’alarmer le monde contre la politique antisémite de l’Allemagne nazie. Son geste, combien prophétique, n’eut pas la moindre conséquence… Ajoutons enfin que le mode de suicide n’est pas anodin : bien plus impressionnante que la mort par le poignard ou le pistolet, l’immolation par le feu nous ramène à un spectacle des temps primitifs. Parce qu'il ne s'agit pas d'une forme "banale" de suicide, elle traduit le désespoir et, dans un contexte pré-révolutionnaire, appelle la révolte.
Désormais perçu comme la figure originelle de ce qu’on appelle déjà la Révolution de jasminBouazizi a rejoint Palach dans l’histoire en accomplissant ce geste symbolique.

KLÉBER

Images : photo de Jan Palach (source ici), photo de Mohamed Bouazizi (source ici), soldats tunisiens tentant de calmer les manifestants aux prises avec la police, le 14 janvier 2011 à Tunis (source Rue89).
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mardi 22 juin 2010

Les faux-semblants du boycott culturel

Depuis les récents et fâcheux événements qui ont opposé en Méditerranée au début du mois des partisans de la cause palestinienne et l’armée israélienne, la campagne de boycott culturel "BDS" (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), initiée depuis quelques années, a repris une certaine ampleur.
On peut rappeler que, le 9 juillet 2005, les institutions culturelles et commerciales palestiniennes, suivies par de nombreuses ONG et autres organisations de la "société civile" avaient lancé une campagne internationale de boycott des produits de consommation israéliens, doublée d’un boycott "culturel" concernant les universités, les arts et les sports israéliens.
Cette initiative s’inspirait du boycott mythifié du régime blanc en Afrique du Sud pendant l’apartheid et n’a évidemment produit, jusqu’à aujourd’hui, aucun effet réel sur l’économie israélienne. Elle continue cependant de susciter des remous dans le petit monde de la culture comme le prouvent les déclarations du romancier suédois Henning Mankell ("Je pense que nous devrions tous nous appuyer sur l’expérience de l’Afrique du Sud, pour laquelle nous savons que les sanctions ont eu un fort impact. Il a fallu du temps, mais ils l’ont eu, cet impact") ou le nouvel appel du romancier britannique Iain Banks dans le Guardian.

La France, riche d’une longue histoire de pantalonnades de ces artistes et intellectuels "engagés", ne pouvait certes pas échapper à cette tempête dans un verre d’eau.
Dernière en date, la déprogrammation/reprogrammation du film À 5 heures de Paris de Léon Prudovsky par la chaîne de cinéma d’Art et d’Essai Utopia, suivie par les appels au contre-boycott de cinéastes allemands, les lettres de protestations du maire de Paris ou du ministre de la Culture, illustre à merveille à quel point les conflits politiques, une fois passés dans le petit monde culturel, deviennent fantasmagoriques.
Certes, ces prises de position plus ou moins sympathiques et ridicules des intellectuels et artistes n’ont rien de bien neuf, mais on peut tout de même être frappé par la confusion, voire même l’embarras, qui apparaît chez nombre de ces militants culturels. Ainsi, l’annulation récente des concerts de certaines formations musicales comme les Pixies ou Carlos Santana n’a donné lieu qu’à d’évasives, et presque honteuses, justifications. Ce n’est assurément pas le cas de tous, mais même Ken Loach, réalisateur "marxiste" (?) très engagé, et farouche partisan du boycott culturel tutoie la tartuferie pure et simple, puisque ses œuvres sont diffusées en Israël – et certes, il n’y peut puisque comme la plupart des artistes actuels, il n’est absolument pas maître des suites de son travail.
En attendant les improbables effets de ce boycott culturel, on pourra toujours se consoler en allant regarder les récentes productions du cinéma israélo-palestinien, qui s’est illustré ces dernières années par un rare dynamisme et une fine et féroce critique des errements du conflit proche-oriental.

Bruno FORESTIER

Images : affiche du BDS (source ici), affiche du film À 5 heures de Paris (source allociné).
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