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mardi 24 novembre 2009

Pin-up du mois : Agnès Sorel

Issue d'une obscure famille de la petite noblesse picarde, Agnès Sorel (1422-1450) reçut semble-t-il une éducation soignée en vue de la place qu'elle devait occuper à la cour du petit "Roi de Bourges", comme demoiselle d'honneur d'Isabelle de Lorraine, l'épouse du Bon Roi René.
Le futur Charles VII qui à défaut d'avoir un quelconque talent bénéficiait cependant d'un conseiller au goût assez sûr, Pierre de Brézé, remarqua la jeune femme grâce à ce dernier et en fit sa maîtresse. Il est vrai que la reine avait la réputation d'être passablement déformée par plusieurs grossesses difficiles (la belle excuse) alors que la jeune Sorel était l'incarnation parfaite de la beauté gothique : un visage gracile au front haut et lisse, dont les cheveux blonds tirés en arrière accentuaient l'ampleur, des sourcils arqués et fins surmontant des yeux fendus et engageants, une pâleur toute aristocratique rehaussée par des joues rosées et des lèvres sensuellement vermeilles et charnues qui s'affinaient aux commissures, des épaules qui ne pointaient pas et d'où descendaient des bras longs, ronds et minces enserrant une taille svelte d'où saillaient un ventre doucement bombé, et des seins hauts et fermes. Du reste, il suffit de regarder le portrait qu'en laissa Fouquet sous l'aspect un chouïa blasphématoire d'une  "Vierge à l'enfant" dans le dyptique de Melun.

En 1444, après avoir donnée naissance à une bâtarde royale (deux autres suivront, qui seront toutes légitimées) elle devint la première favorite officielle d'un roi de France. Une institution qui s'avérera pleine d'avenir et fructueuse pour nombre d'intrigant(e)s quoique au regard de l'histoire quelque peu ruineuse pour les caisses de l'État jusqu'à son abolition officielle en 1792.
Devenue le premier personnage féminin de la cour, la "Dame de Beauté", du nom du fief de la Beauté-sur-Marne qu'elle avait reçue, contribua grandement à l'adoption de toilettes foutrement audacieuses pour l'époque avec d'amples décolletés laissant les épaules nues et les fameuses coiffes pyramidales. Ces dispendieuses coquetteries (plus de 20600 écus de bijoux pour la seule année 1444)  la poussèrent à se lier à Jacques Cœur avec qui elle entretint une longue et fructueuse collaboration (voir d'avantage selon les mauvaises langues de la cour). Ses intrigues palatiales l'opposèrent au parti du Dauphin, le futur Louis XI - qui passait visiblement pour un fâcheux dès cette époque - dont la légende veut qu'il fut exilé en son fief après avoir poursuivi la belle l'épée à la main jusque dans la couche paternelle. Les psychanalystes apprécieront.
Vraisemblablement décédée des suites d'un empoisonnement au mercure, ingurgité pour se débarrasser des vers qui lui ravageaient les entrailles, son médecin qui était également l'un des heureux bénéficiaires de son testament fut fortement soupçonné d'avoir été par trop négligent dans ses dosages. Mais les autres commanditaires potentiels ne manquent pas : le Dauphin, Jaques Coeur, ou encore Antoinette de Maignelais, sa cousine qui la remplaça rapidement dans la faveur royale.
Sa fin fut édifiante - elle fit de larges donations à l'Église - et l'occasion de deux fort belles sculptures funéraires.

Bruno FORESTIER

Images : La Vierge (dyptique de Melun) représentée sous les traits d'Agnès Sorel par Jean Fouquet, vers 1452 (source ici) et Agnès Sorel par Jean Fouquet (source ici).
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