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jeudi 31 décembre 2009

Post Lux tenebras

Avant de passer à l’année 2010, signalons l’initiative la plus classe de l’année 2009 : elle émane de M. Arsène Lux, maire UMP de la ville de Verdun, qui dans une lettre ouverte s’est opposé à l’inauguration d’un monument à la mémoire des sous-lieutenants Herduin et Millant.
Ces deux sous-lieutenants de l’armée française avaient été fusillés en juin 1916, pendant l’offensive allemande sur Verdun, pour un prétendu abandon de poste devant l’ennemi. En réalité, les malheureux étaient parvenus à revenir dans les lignes françaises en rompant l’encerclement qui les condamnait, eux et les quelques dizaines de leurs hommes ayant survécu à l’assaut allemand, à la captivité ou à la mort. Mais l’ordre étant tout simplement de "se faire tuer sur place", le retour de ces soldats sains et saufs fut considéré comme la dernière des lâchetés par toutes les ganaches qui peuplaient l’état major et on décida séance tenante, sans le moindre jugement, de faire fusiller les deux chefs responsables du repli. Il suffit de lire la très belle lettre qu’écrivit à son épouse le sous-lieutenant Herduin pour avoir une petite idée de l’énormité de cette injustice. L’affaire était tellement scandaleuse que l’armée fut obligée de reconnaître très vite son erreur (mais après la guerre cependant, en 1921), ce qui était bien une maigre consolation pour les victimes.
Herduin et Millant avaient donc été réhabilités et l’inauguration d’un monument à leur mémoire (prévue le 4 novembre dernier) n’avait rien que de très normal, plus encore au vu de l’actuelle politique de réhabilitation des "fusillés pour l’exemple". Mais M. Arsène Lux, le nouveau défenseur de Verdun, a donc manifesté son opposition à cette honteuse inauguration, véritable "provocation". Il s’en est expliqué en affirmant avec force qu’un tel monument, inauguré en présence d’un membre du gouvernement, aurait pour effet d'atteindre "le moral de nos armées" ! Quoi de plus démoralisant en effet d’apprendre qu’on a dressé un monument commémorant une flagrante injustice de l’armée envers deux de ses hommes… Cette lettre parfaitement ridicule (qui dénonce au passage les "pacifismes irresponsables et antimilitarismes primaires" !) a tout de même eu pour effet de dissuader M. Hubert Falco, secrétaire d'État aux anciens combattants, de venir assister à l’inauguration et, dès lors, la France n’a pas officiellement reconnu l’injustice commise par son armée.
M. Lux peut se féliciter de ce coup d’éclat qui fait honneur à son grade militaire puisque l’on n’étonnera personne en révélant que notre homme est colonel dans l’armée. Ainsi tout est bien qui finit bien, l’honneur de l’armée est sauf et celui des deux fusillés peut attendre. Pas de doute, M. Lux aurait été une fameuse ganache et il a glorieusement prouvé que cette caste n’était pas morte.

KLÉBER

Images : article du député communiste Berthon en une de L'Humanité du 21 juin 1921 dénonçant l'affaire au ministre de la guerre (source Gallica) et monument à la mémoire des deux sous-lieutenants (source ici).
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