Baguenaudant
vaguement vendredi dernier, l'idée me vint et l'envie me prit d'aller au cinéma.
Après quelques coups de sondes en direction de F., mon comparse habituel des
sorties cinéma à haut risque, nous nous décidâmes à aller voir Paranormal
activity, film lancé à grands
buzz.
La foule des vendredi
soir à Odéon, les billets hors de prix et le considérable retard de F. augurèrent
sinistrement de ma séance. De fait nous eûmes droit tout au long du film aux
hululements joyeux d'une jeunesse désinhibée, aux portables luisants allumés
puis éteints, et à nouveau allumés, pendant que tout autour de nous flottait
l'entêtante odeur du pop-corn. Tels sont les maux que court le spectateur
moderne quand il se risque hors des séances du dimanche matin.
Le film, quant à lui, a
tenu ses promesses avec une belle efficacité.
Nonobstant qu'elle a été
ressassée jusqu'à plus soif, la comparaison avec le Blair Witch Project semble assez fondée. En fait, on peut même considérer
que Paranormal activity entraîne
le film d'horreur-documentaire à son plus haut niveau. Certes, le style
pseudo-documentaire avec ses lois du genre (caméra sur l'épaule, très peu
d'acteurs et tous inconnus, décors naturels…) a déjà été repris avec plus ou
moins d'habilité par un certain nombre d'autres films d'horreur - dont le récent
REC, ou Diary of the
Deads de Romero. Notons tout de même une différence qui a son
importance : dans tous ces films avec caméras "embedded", la présence
d'un très propice matériel cinématographique se justifiait toujours très mal,
tout autant que l'acharnement imbécile des victimes (il est vrai qu'il
s'agissait de journalistes ou d'étudiants…) à se filmer en train d'être
poursuivis par quelques indicibles atrocités. Paranormal activity évacue habilement cette faille classique du film
d'horreur blairwitchien en ouvrant sa première séquence sur l'achat de la caméra
et l'obsession du héros, Micah.
Il est visible que le
réalisateur connaît son métier et ses classiques (les amateurs
chercheront à repérer quelques références subtiles à Hitchcock ou à L'Exorciste et… aux Monthy Pythons). Reprenant les
recettes du suspens hollywodien le plus orthodoxe (montée crescendo de
l'horreur, entrecoupée sadiquement de moments de détente), avec des effets très
simples - une porte qui grince, une lumière qui s'allume - il y ajoute quelques
belles astuces, consistant par exemple à montrer ouvertement la créature - là
où le Blair Witch Project suggérait
- puisque celle-ci est invisible ou encore à permettre aux deux victimes de
contempler les évènements nocturnes avec quelques minutes de retard par rapport
aux spectateurs. Bref, de la belle ouvrage, qui fit glapir la salle et mon
voisin.
Sur la trame de l’histoire,
observons qu'elle est également épurée au possible. La créature ne sera jamais
vue ni décrite, et identifiée de manière très sommaire comme un "démon"
et non pas un fantôme (on n'en saura guère plus). Ce démon par ses
activités (bruits, couvertures arrachées…) ressemble d'ailleurs plus au début à
un très traditionnel "esprit frappeur", légèrement inquiétant comme
un "tomte" d'un récit de Selma Lägerlof. Mais à cette menace surnaturelle, Micah et
Katie ne peuvent opposer que quelques obstacles dérisoires. Une incapacité à résister
qui est un indice intéressant sur le désert spirituel des sociétés
occidentales. Le film sur cet aspect peut, peut-être, être analysé comme une réponse
déjà lointaine à L'Exorciste de
1973. Ce film illustrait le retour en force du spirituel dans une société
hautement matérialiste. Ici, le docteur Friedrich, traité ouvertement de charlatan et s'en défendant à
peine, déserte au moment du danger et ne fournira aucune aide. Micah verra
principalement dans la possession démoniaque de sa compagne une occasion en or
pour acheter une caméra, puis une table de "ouija", et quand il
prendra réellement conscience du danger, son premier réflexe sera de courir
consulter internet (il était bien temps) puis de charger la voiture pour
s'enfuir. Cette dernière proposition, la plus profondément américaine en fait,
sera malheureusement tout à fait insuffisante.
Pour insister un peu
plus encore sur les personnages, on peut aussi constater que conformément aux règles
des films d'horreur qui veulent que le danger provienne davantage des héros que
de l'extérieur, l'aide de Micah à Katie en proie à une problématique possession
démoniaque, n'est pas sans ambiguïté. En fait par bien des aspects, Micah se
retrouve possesseur d'un certain nombre de caractères que le folkore attribue
aux démons : il raille ouvertement les conseils du "démonologiste"
(lequel affirme sentir la colère de la créature quand il est filmé par Micah),
dissuade Katie de recourir au secours de l'Église, se montre d'une rare
obstination pour parvenir à des buts plus que douteux (entrer en contact avec
la créature ou tirer profit de celle-ci) et use volontiers de la formule
contractuelle en veillant à respecter scrupuleusement la lettre pour mieux en
contourner l'esprit. Bref, à y regarder de plus près un personnage assez inquiétant…
Seul
bémol, la scène finale - rajoutée à la demande de Spielberg, ce qui expliquerait bien des choses - est d'une
consternante banalité.
Bruno FORESTIER
Images et vidéo : représentation de la manifestation d'un poltergeist en 1911 (source ici), affiche du film (source allociné), bande-annonce du film.

